Investir ou non dans la séquestration géologique du carbone?

Le 11 octobre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Grâce à la CSC, le Canada va pouvoir extraire
Grâce à la CSC, le Canada va pouvoir extraire

Bonne nouvelle pour les promoteurs du stockage géologique du gaz carbonique. National Grid, l’un des principaux gestionnaires des réseaux de transport d’électricité du Royaume-Uni, prépare un forage d’exploration, dans le Yorkshire, pour qualifier un site d’injection de CO2. De quoi raviver l’espoir des exploitants de centrales thermiques de produire sans contribuer au renforcement de l’effet de serre.

Mauvaise nouvelle: le déploiement des installations de captage-stockage de carbone (CSC) progresse bien trop lentement pour avoir le moindre effet sur le climat.

Comme le rappelle le dernier rapport du Global CCS Institute, le temps est compté. Si l’on veut toujours limiter à 2°C le réchauffement global d’ici la fin du siècle, les pays les plus industrialisés doivent réduire des trois quarts leurs émissions de gaz à effet de serre.

Le secteur de l’énergie sera, bien sûr, l’un des principaux contributeurs à cet effort. D’ici 2050, il pourrait devoir diminuer de 42 milliards de tonnes ses émissions cumulées de gaz carbonique. Et toujours selon l’Agence internationale de l’énergie, 16% de cette réduction pourrait être le fruit de la CSC.

Nous en sommes encore très loin. Dans son étude annuelle, le Global CCS Institute recense seulement 8 opérations de taille industrielle en service. A elles toutes, ces installations injectent dans des structures géologiques étanches 23 millions de tonnes de CO2 (MtCO2) par an: l’équivalent des émissions de la seule centrale au charbon de Drax (Royaume-Uni).

Et la victoire n’est pas au bout de la cheminée: 8 installations comparables seulement sont en cours de construction. De quoi «éviter» le rejet dans l’atmosphère de 36 MtCO2/an, à l’horizon 2015. Négligeable.

L’institut australien a fait ses calculs. Pour rester dans la ligne des 2°C, pas moins de 130 installations de CSC devraient être en service en 2020. Actuellement, une soixantaine de projets, à des stades plus ou moins avancés, sont dans les cartons, dont 19 en Europe, 16 aux Etats-Unis et 11 en Chine. On est donc, là encore, très loin du compte. D’autant que les abandons se multiplient. Ces derniers mois, 8 opérations sont tombées à l’eau: par manque de rentabilité ou suite à un changement de stratégie des entreprises. Celui de Florange (le projet Ulcos, avec ArcelorMittal) devrait allonger la liste [JDLE].

Il ne sera sans doute pas le seul. Car cette palette de technologies reste encore chère. Bon nombre d’installations n’ont pu voir le jour qu’après avoir bénéficié de très importantes aides publiques, telle FutureGen 2 aux Etats-Unis (l’Etat fédéral lui consacre 1 milliard de dollars -773 millions d’euros) ou le démonstrateur de Mongstad (Norvège, plus de 900 M$ - 695 M€).

Problème: il est peu probable que des industriels investissent dans des usines «zéro carbone» sans subvention ou rémunération des économies de carbone. Le dispositif européen NER300 (financé par la vente de quotas d’émission) sera d’une faible efficacité en raison de l’effondrement du cours desdits quotas. La CSC est, certes, éligible depuis 2010 au mécanisme de développement propre. Mais aucune méthodologie n’a encore été soumise à l’ONU qui, d’ailleurs, n’a pas encore constitué son panel d’experts. Pas la peine, donc, d’attendre un financement avec des unités de réduction d’émission certifiée (Urce, l’unité de compte du MDP).

Désormais, les regards se tournent vers la Chine, dont le 12e plan quinquennal pourrait favoriser l’éclosion de 5 centrales à CSC. Mais aussi vers le Canada où sera testée, à partir de 2015, l’exploitation des sables bitumineux sans émission (directe) de CO2. Parallèlement, Ottawa essaie de faire accepter par l’organisation internationale de standardisation (ISO) les normes canadiennes de CSC. Ce qui donnerait un avantage compétitif aux industriels frappés de la feuille d’érable rouge.

Les Etats-Unis ont bien compris l’enjeu. Une proposition de loi prévoit de classer la CSC comme «énergie propre». Ce qui obligerait les électriciens à l’utiliser. Mais l’Australie apparaît comme le pays de Cocagne de la CSC. Avec l’ouverture de son marché de quotas, la Grande ile prévoit d’investir plus de 4 Md$ (≈3 Md€) dans le développement de technologies de captage et de séquestration du CO2. Il est vrai que l’essentiel du courant «aussie» est produit par des centrales au charbon.



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