S'adapter, c'est inventer un futur différent

Le 25 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Ne pas hésiter à se retrancher derrière des marais.
Ne pas hésiter à se retrancher derrière des marais.
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Adapter la Nouvelle-Aquitaine aux conséquences du changement climatique nécessite une révision totale de nombreuses politiques publiques. Ces bouleversements de nos habitudes devront avoir été élaborés par toutes les parties prenantes pour avoir une chance d’être mis en œuvre.

 

Hervé Le Treut, le coordinateur du rapport AcclimaTerra, a toujours été clair sur le sujet: les 360 contributeurs au rapport AcclimaTerra n’entendent pas se substituer aux pouvoirs publics. Ce qui ne leur interdit pas, bien au contraire, de rappeler aux politiques les enjeux climatiques pour la Nouvelle-Aquitaine et d’ouvrir quelques pistes.

Cinq idées force

Première idée: le réchauffement frappe déjà la plus grande région de France, à une vitesse plus rapide que le reste de l’Hexagone. Quelle que soit notre capacité à réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), la Nouvelle-Aquitaine continuera de s’échauffer plus vite que les régions voisines, notamment au printemps et en été.

Deuxième idée: il va donc falloir mettre en œuvre rapidement une politique régionale d’adaptation aux conséquences du réchauffement. Ce qui n’a rien d’évident, tant les problématiques sont complexes et ont une fichue tendance à l’interdépendance. «S’adapter, cela ne veut pas dire bricoler des colmatages de circonstances, en réponse à des problèmes rencontrés un à un, mais c’est au contraire inventer un futur différent», résument les scientifiques.

Un projet politique

Troisième idée: s’adapter est donc un projet politique. Reste à mettre ce projet en œuvre. Par exemple, en déployant une nouvelle gouvernance. Une gouvernance toute de pédagogie, car les mécanismes en jeu sont complexes, interagissent les uns avec les autres; le résultat de tout cela étant parfois environné d’une bonne dose d’incertitude. Nouvelle gouvernance aussi car les réponses efficaces au réchauffement impliqueront souvent d’importants changements d’habitudes. Des bouleversements de la vie quotidienne qu’il vaut mieux avoir défini ensemble (citoyens, experts et politiques).

Quatrième idée: il y a quelques passages obligés à la bonne adaptation de la Nouvelle-Aquitaine. Devenue rare, l’eau devra être partagée, mieux gérée. Il faudra notamment imaginer un ‘mix hydrique’ afin de préserver les têtes de bassin et les zones humides, favoriser l’infiltration lente, dés-imperméabiliser les sols urbains, restaurer les fonctions écologiques des cours d’eau, expérimenter la recharge artificielle des nappes.

10 ans de réflexion?

Cette nouvelle gestion de l’eau aura des effets sur l’agriculture qu’il vaut mieux anticiper. Les rapporteurs préconisent la généralisation de cultures sobres en eau et en intrants. Une agriculture qui devra non seulement penser à la production mais aussi à la capacité des sols à stocker du carbone. Plus question de tergiverser: «Dans 10 ans, il sera trop tard».

Les élus urbains devront faire dans la dentelle. En une seule politique, ils devront tout à la fois réduire les émissions des territoires urbains (à l’origine de 70% des émissions de GES), restructurer l’espace urbain pour réduire les besoins en mobilité, permettre à l’eau de circuler (et de rafraîchir les îlots de chaleur), végétaliser la ville. Pas simple.

Sonner la retraite

Cinquième idée: il faudra parfois battre en retraite. Bien sûr, le comité AcclimaTerra ne le dit pas ainsi. Mais face à l’irrépressible montée du niveau de l’océan et au recul de la bande côtière, ils préconisent de se retrancher derrière «certains espaces naturels non stratégiques». En gardant à l’esprit une notion toute bête: les zones humides ne pourront nous préserver de la submersion qu’à condition de n’avoir pas été asséchées par l’agriculture ou le… réchauffement climatique.

Sixième idée: il n’y a pas de solution magique. Ainsi, la forêt n’est pas seulement un fantastique gisement d’énergie bois, neutre en carbone. C’est aussi un fantastique réservoir à stocker du carbone. La future gestion de la forêt devra courir après ces deux objectifs. Sans pour autant sacrifier la biodiversité. Si possible.



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