Interrogations sur la nappe phréatique du Tricastin

Le 18 juillet 2008 par Agnès Ginestet
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L’uranium déversé accidentellement par l’usine Socatri dans la nuit du 7 au 8 juillet semble ne pas avoir affecté l’eau de la nappe souterraine voisine du site nucléaire, mais des teneurs supérieures au seuil de potabilité mesurées en certains points pourraient avoir une autre origine artificielle.

Depuis le déversement accidentel d’une solution contenant de l’uranium à l’usine Socatri, filiale d’Areva, sur le site du Tricastin, les mesures de radioactivité dans l’environnement se multiplient dans le cadre du plan de surveillance de l’environnement mis en œuvre à partir du 8 juillet. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a ainsi publié une carte interactive permettant de suivre l’évolution des teneurs en uranium au niveau des eaux superficielles mais aussi souterraines.

Le 16 juillet, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) annonçait que les dernières mesures environnementales semblaient indiquer un «retour à la normale» pour la quasi-totalité des points surveillés. Toutefois, deux points de mesure au niveau de la nappe du Tricastin présentent ou ont présenté des teneurs en uranium supérieures au seuil de potabilité recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 15 microgrammes par litre (µg/l). Une étude de l’IRSN sur la radioactivité des eaux de forage autour du site de Tricastin-Pierrelatte menée de septembre 2007 à juin 2008 confirmait déjà ce type d’«anomalie» au niveau de deux points situés en aval du site du Tricastin.

Présentée le 4 juillet à la Commission d’information auprès des grands équipements énergétiques du Tricastin (CLI Tricastin), l’étude montrait des teneurs en uranium pouvant aller ponctuellement jusqu’à 16 µg/l, et supérieures au bruit de fond habituel mesuré dans la majeure partie du territoire étudié, c’est-à-dire environ 1 µg/l. Selon l’IRSN, cela «ne permet pas d’écarter une origine artificielle des anomalies de concentration en uranium dans les eaux souterraines, car les activités du site de Tricastin-Pierrelatte mettent en oeuvre de l’uranium enrichi, mais aussi de l’uranium naturel».

Pour la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), des déchets radioactifs d’origine militaire enfouis sur le site seraient en partie la cause des teneurs anormales en uranium. Mais la Socatri n’est pas d’accord. «Etablir des relations de cause à effet entre telle ou telle installation et le marquage n'est pas immédiat. Cela va demander des investigations poussées», a confié à l'AFP le directeur adjoint de l'environnement à l'IRSN, Jean-Christophe Gariel.

Déclarant dans un entretien accordé à Le Parisien/Aujourd'hui en France qu’il «ne [voulait] pas que les gens aient le sentiment que l'on cache la moindre chose», le ministre d’Etat chargé de l’environnement Jean-Louis Borloo a saisi le 16 juillet le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), afin notamment qu’une étude soit menée sur l’état des nappes phréatiques situées près de chaque centrale nucléaire française. Le rapport est attendu d’ici l’automne. De son côté, Frédéric Marillier, chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace France, estime que «cette analyse ne doit pas s'arrêter aux sites des seules centrales, mais être élargie à tous les sites nucléaires: aux sites de traitement des matières (Cadarache, Marcoule ou la Hague…), aux anciennes mines d'uranium (Bessines…), aux sites militaires (Valduc…), et aux centres de stockage des déchets, notamment dans la Manche et à Soulaines». L’ONG s’est dite étonnée «qu'on ne découvre qu'aujourd'hui la dangerosité liée à l'industrie du nucléaire et sa capacité à polluer l'environnement».

Le 16 juillet, le HCTISN a demandé que la surveillance réalisée suite à l’incident par l’exploitant et l’IRSN se poursuive et qu’un «état détaillé des pollutions historiques» de la nappe lui soit remis. L’IRSN a depuis mis en place un nouveau système de surveillance.


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