Interdire le mercure dentaire en France en 2015

Le 05 décembre 2013 par Marine Jobert
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Patient, médecin, assistante: tous 3 exposés au mercure.
Patient, médecin, assistante: tous 3 exposés au mercure.
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Faut-il se ruer chez le dentiste pour se faire enlever ses plombages au mercure? Non, répondent en chœur les parlementaires[1] qui vont déposer, dans les semaines à venir, une proposition de loi pour interdire la pose d’amalgame dentaire au mercure dans la bouche des Français dès 2015. Leur ambition: bannir le plus rapidement possible ce métal aux effets cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques, qui s’accumule dans l’organisme au niveau du cerveau, des glandes endocrines ou du système cardio-vasculaire et traverse la barrière placentaire. Il est impossible de définir une dose d'exposition sans danger pour la population fragile. La France est championne européenne du secteur, puisqu’elle absorbe à elle seule le tiers du mercure dentaire du continent, soit 17 tonnes par an. Les deux tiers des «plombages» encore effectués aujourd’hui contiennent du mercure, dont les vapeurs intoxiquent à petit feu des millions de personnes. Et en premier lieu, les dentistes et leurs assistant(e)s.

 

Culture professionnelle secouée

Car ce sont bien les professionnels du secteur qui sont les premiers exposés. La pose, et pire encore, la dépose, entraînent des émanations de vapeur de mercure. «L’incidence du cancer du cerveau, des problèmes de fertilité, du nombre de fausse couche ou de non-fermeture du tube neural pour le fœtus est très élevé dans les professions dentaires, explique Marie Grosman, présidente de l’association Non au mercure dentaire et vice-présidente pour l’Europe de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure. Sans compter un taux de suicide particulièrement élevé dans cette profession.» Cet abandon du mercure dans les amalgames dentaires «heurte toute une culture professionnelle», analyse Geoffrey Begon, délégué général de Non au mercure dentaire, qui dénonce la farouche opposition du principal syndicat de dentistes à cette interdiction. La proposition de loi comprendrait justement un volet formation, sur la toxicité des matériaux au mercure et les précautions indispensables à prendre pour les déposer sans inhaler de vapeurs. Les assistantes dentaires bénéficieraient également de cette même formation et les salariées enceintes devraient être tenues éloignées des pièces exposées au mercure, préconiseront les élus. «Nous ne sommes pas en guerre contre les dentistes», précise Aline Archimbaud, qui souhaite parvenir à un texte de «consensus» entre professionnels et associations.

 

Dépose encore compliquée

Et les patients, que risquent-ils? «Il ne faut pas tomber dans l’affolement général et déposer ses plombages dans l’urgence, tempère Jean-Louis Roumégas, co-président du groupe d’étude «Santé environnementale» à l’Assemblée nationale. Il y a des populations à risque et il y a des moments d’exposition plus risqués.» En effet, 20% de la population française concentrent 80% des amalgames dentaires et les effets délétères du mercure sont particulièrement préoccupants lors de la gestation. «Le mercure est un perturbateur endocrinien», rappelle André Cicolella, le président du réseau Environnement-Santé. Très peu de dentistes sont équipés pour réaliser une dépose en toute sécurité, puisqu’il faut se servir d’un aspirateur adapté et s’équiper de masque à charbon actif pour se prémunir des vapeurs. De quoi donner encore plus envie d’aller chez le dentiste…

 



[1] dont le député Jean-Louis Roumégas ou la sénatrice Aline Archimbaud, accompagnés par l’eurodéputée Michèle Rivasi.

 

 



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