Interdiction du chalutage en eaux profondes: Bruxelles s’impose

Le 20 juillet 2012 par Geneviève De Lacour
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Vers la fin du chalutage en eaux profondes ?
Vers la fin du chalutage en eaux profondes ?

La Commission européenne a proposé jeudi 19 juillet d'interdire, dans les deux ans, le chalutage en eaux profondes. La France est contre. Elle redoute les conséquences de cette décision sur sa pêche.

La proposition, orchestrée par la commissaire européenne de la pêche, Maria Damanaki, dont le but est d’interdire le chalutage profond dans la zone Atlantique Nord-est, vise à exclure les équipements peu sélectifs, comme les chaluts et les filets maillants de fond. Ces techniques engendrent en effet de nombreuses prises accessoires, allant de 20 à 40% du poids total de la pêche.

La commissaire propose donc de «durcir le système des autorisations et de supprimer progressivement les engins de pêche qui ciblent spécifiquement les espèces d’eau profonde d’une manière moins durable, à savoir les chaluts de fond et les filets maillants de fond».

«Parmi tous les engins de pêche, ce sont les chaluts de fond utilisés pour la pêche profonde qui présentent le plus de risques pour les écosystèmes marins vulnérables et qui enregistrent les taux les plus élevés de captures non désirées d'espèces d'eau profonde», explique la Commission européenne.

De nombreux poissons d'eau profonde sont menacés par ce type de pêche car ils mettent des années à parvenir à maturité pour se reproduire, à l'instar des requins d'eau profonde. Ainsi, le sabre noir et la dorade rose sont des espèces d'eau profonde à haute valeur commerciale, alors que d'autres espèces comme la lingue bleue et les grenadiers n'ont qu'une valeur moyenne.

Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur, s'était d’abord opposé à cette proposition la semaine dernière (voir JDLE), en demandant un délai supplémentaire «compte tenu des répercussions économiques, sociales et humaines, que pourrait avoir une telle mesure». Mais le Français a fini par lever jeudi 19 juillet ses objections sans modifier le texte, a-t-on appris de sources européennes.

Le projet d’interdiction ne devrait s'appliquer qu'aux pêcheries ciblant spécifiquement les espèces d'eaux profondes et n’interdirait pas totalement la pêche au chalut de fond dans les eaux de l'UE, mais le ministre français délégué à la pêche, Frédéric Cuvillier, a pourtant d'ores et déjà annoncé qu'il s'opposait à une telle interdiction. Interdire sans discernement certains engins de pêche aurait selon lui de très lourdes conséquences socio-économiques et ne serait pas acceptable.

Lors d’un tête-à-tête organisé lundi 16 juillet avec Maria Damanaki, le ministre français a une nouvelle fois insisté sur l'importance de la pêche profonde pour l'économie de plusieurs ports et armements français, tout en souhaitant «donner une chance à un dialogue constructif avec la Commission européenne», selon les services du ministère.

Les navires directement concernés par cette décision sont surtout français, espagnols et portugais. Une dizaine de bateaux et environ 500 emplois directs seraient touchés en France, principalement à Lorient, mais aussi à Boulogne-sur-Mer, Concarneau et Le Guilvinec.

Lever de bouclier du côté du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) qui dénonce la décision européenne. «La commissaire européenne Madame Damanaki persiste et signe dans sa volonté d'arrêter la pêche des espèces profondes sans tenir compte des récents avis scientifiques du Conseil international pour l'exploration de la mer (Ciem)», s'insurge Hubert Carre, directeur du CNPMEM.

Cette organisation professionnelle des pêcheurs français cite un rapport de l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), publié en février dernier, et qui conclut, selon l’organisation, qu'une interdiction pure et simple des pêches profondes, dont la durabilité est au moins en partie atteinte, n'est pas souhaitable.

Les pêcheurs s'étonnent que la Communauté européenne, qui a financé de nombreux programmes scientifiques européens, n'attendent pas leurs résultats, prévus pour la fin de l'été, avant toute prise de décision.

«La volonté de Madame Damanaki semble s'apparenter à une entreprise de démolition d'une filière génératrice d'emplois et de richesse», conclut Hubert Carre.

De leur côté, les élus bretons dénoncent eux aussi dans un communiqué «une décision inacceptable qui ne s'appuie sur aucun rapport scientifique récent», assurant que ce projet signerait la mort de la pêche de grands fonds en Europe.

De son côté, l’ONG de défense de l'environnement Bloom salue le «courage de la Commission européenne de vouloir mettre fin à une aberration écologique et économique».

Selon Saskia Richartz, de Greenpeace, cette pêche compte parmi les plus destructrices, les plus consommatrices en carburant et les plus dépendantes des subventions européennes.

En outre, la plupart des espèces exploitées en eaux profondes sont associées à des écosystèmes vulnérables qui sont extrêmement sensibles à l'impact destructeur de ces pratiques de pêche, souligne pour sa part Xavier Pastor, d'Oceana Europe.

 

 



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