Intensifier l’élevage extensif dans les pays en voie de développement

Le 07 février 2014 par Marine Jobert
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Un élevage extensif de zébus au Mali.
Un élevage extensif de zébus au Mali.
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Quels sont les systèmes d’élevage les plus efficients en termes de production de lait et de viande, et les moins destructifs du point de vue de l’environnement, dans un monde à la population en expansion? C’est l’étude qu’a menée Mathieu Vigne, doctorant en sciences agronomiques sous l’égide de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Les recherches du chercheur vont à l’encontre des analyses de la FAO, qui pointait la faible efficience des systèmes extensifs d’élevage dans les pays en développement et leurs forts impacts sur l’environnement.

Un rapport de 1 à 30

«Les systèmes laitiers extensifs étudiés au Mali, malgré la faible valeur alimentaire des ressources, sont plus efficients que les systèmes intensifs étudiés à La Réunion, et aussi efficients que les systèmes semi intensifs étudiés dans l’ouest de la France», conclut Mathieu Vigne. Une appréciation qui s’explique, par exemple, par le fait que pour obtenir les aliments destinés aux animaux, moins de transformation –donc moins d’énergie- sera nécessaire. Un vrai gain de ressources, même si la production laitière in fine est beaucoup moins abondante (près de 200 litres par vache en production par an au Mali contre plus de 6.000 litres dans les autres territoires). Dans les systèmes extensifs, l’alimentation animale provient de ressources brutes locales (pâturages naturels et résidus fourragers, tels que la paille de maïs, de sorgho ou de mil), et de résidus de la transformation locale des grains (son de céréales ou tourteau de coton), contre des fourrages et des concentrés industriels importés dans les systèmes intensifs. «En outre, les systèmes extensifs valorisent les effluents déposés par les animaux pour fertiliser les parcours et les cultures vivrières, alors que les systèmes intensifs ont surtout recours à des engrais de synthèse pour produire les fourrages», très gourmands en énergie pour leur production.

difficile évaluation de l’efficience globale

Autant de constats tirés d’une nouvelle méthode, bâtie autour de l’évaluation de l’efficience des élevages: l’Emergy. «[Elle] évalue l’énergie solaire consommée directement et indirectement pour réaliser un produit ou un service, qui exprime en joule d’énergie solaire (seJ), les ressources nécessaires pour produire un bien ou un service». Deux facteurs complètent le dispositif. Le premier, dit «transformité», rend compte de la quantité de ressources nécessaires pour obtenir tel ou tel produit; le second, la «renouvelablité», mesure l’impact sur l’environnement des ressources consommées, en évaluant la part de ressources renouvelables dans les ressources totales consommées. Il est ainsi rendu compte de la complexité et de la multifonctionnalité des systèmes d’élevage extensifs, quand la FAO a mis en regard de la production plusieurs indicateurs environnementaux pris séparément (eau consommée, surfaces occupées, gaz à effet de serre émis...), «ce qui rend difficile une évaluation de l’efficience globale, estime le chercheur. La méthode Emergy évite de hiérarchiser les ressources consommées avec des critères subjectifs».

Toutefois, reconnaît Mathieu Vigne, ce mode de comptage ne tient pas compte de certains services environnementaux, comme la gestion raisonnée des parcours. Celle-ci, pourtant, régule les écosystèmes en évitant la fermeture des milieux par les broussailles, puis par les arbres; elle rouvre des milieux fermés et, en entretenant des parcours naturels ou en mettant en place des prairies, séquestre du carbone.

Le chercheur espère que les décideurs des pays en développement se saisiront de cet outil pour définir «les pistes d’intensification les plus efficientes dans chaque contexte et les combinaisons de systèmes d’élevage, intensifs et extensifs, les mieux adaptées».

 



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