Intégrer la biodiversité dans l’économie, un facteur essentiel

Le 05 octobre 2010 par Sabine Casalonga
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Les oiseaux des champs ont diminué de 50% depuis 1980
Les oiseaux des champs ont diminué de 50% depuis 1980

Le nouveau rapport sur l’état de la biodiversité en Europe a été publié hier, 4 octobre, par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). En dépit de certains progrès résultant de politiques locales et communautaires, le déclin de nombreuses espèces et habitats se poursuit. La solution passe, selon l’AEE, par l’intégration du problème par tous les secteurs économiques, notamment ceux qui affectent le plus l’environnement (commerce, transport, tourisme etc.).

 

Le rapport de l’AEE tombe à point nommé. La très attendue 10e conférence des Parties de la Convention sur la diversité biologique de Nagoya au Japon se tient en effet dans moins de 15 jours [du 18 au 29 octobre]. Des décisions stratégiques devraient y être prises, et un cadre mondial pour les politiques de protection de la biodiversité installé [voir le JDLE]. Le rapport européen y sera également présenté.

Sans surprise, le rapport confirme son constat de 2009, selon lequel l’UE n’atteindra pas l’objectif de stopper la perte de la biodiversité en 2010.

Les écosystèmes aquatiques sont parmi les plus menacés en Europe. Les zones humides (marais et marécages) ont ainsi diminué de 5% entre 1990 et 2006. Les écosystèmes marins et côtiers ont également perdu une biodiversité considérable dans les décennies récentes, principalement à cause de l’érosion des zones humides côtières, des dunes et des estuaires, de la pollution et de la surpêche. Près de 45% des stocks de poissons sont ainsi sous le seuil de sécurité biologique.

La biodiversité des écosystèmes agricoles qui dominent les paysages européens a drastiquement diminué. Les populations d’oiseaux des champs ont par exemple décliné de 50% depuis 1980. L’AEE souligne toutefois que des améliorations peuvent être apportées par la réduction de l’usage des engrais ou le développement de l’agriculture biologique, deux approches promues par des mesures récemment intégrées dans la Politique agricole commune (PAC). Les prairies et leurs populations de papillons sont également mal en point.

La situation des forêts européennes est plutôt contrastée. La déforestation se limite désormais à quelques régions et une expansion significative a eu lieu dans plusieurs zones. Près de 3% des forêts sont protégées, les plantations commerciales de bois sont interdites dans 25% d’entre elles et les modes de gestion durable sont de plus en plus fréquents. Toutefois, l’érosion de la biodiversité s’y poursuit, principalement à cause de la fragmentation des habitats et des incendies.

Les zones montagneuses, spécialement riches en habitats et en espèces, sont très vulnérables aux changements des pratiques agricoles et touristiques, au développement des infrastructures et au climat. En dépit de cadres internationaux de protection, comme la Convention Alpine, la valeur de ces écosystèmes et des services rendus à l’économie est encore insuffisamment reconnue, estime l’AEE.

Suite à la prise de conscience sur le déclin de la biodiversité, plusieurs réglementations comme les directives Oiseaux (2009), Habitats (1992) et la directive cadre sur l’eau (2000) ont eu des impacts positifs, comme l’augmentation des zones forestières en Europe du Nord et l’amélioration de la qualité de nombreux cours d’eau.

Pourtant, en dépit de ces efforts, l’érosion de la biodiversité perdure en Europe. Et les principales menaces comme la destruction et la fragmentation des habitats, l’expansion des espèces invasives, les pollutions agricoles, la hausse des prélèvements d’eau ou encore l’impact croissant du changement climatique, persistent.

Une des explications, selon l’AEE, tient à la portée limitée des actions de conservation. En effet, toutes les menaces indirectes sur la biodiversité proviennent de secteurs extérieurs au contrôle des zones d’intervention.

Reste également à faire respecter la réglementation dans les zones protégées. La Commission européenne a ainsi publié hier de nouvelles lignes directrices pour clarifier les règles s’appliquant aux industries extractives qui opèrent dans les zones Natura 2000[1]. Elles contiennent des exemples de bonnes pratiques visant à minimiser ou éviter les impacts potentiels de ces activités sur la nature et la biodiversité.

Le rapport de l’AEE préconise quatre leviers d’action majeurs: améliorer la mise en œuvre des mesures de protection de la biodiversité; mettre en place une politique cohérente avec les secteurs clés pour la protection de la biodiversité (commerce, tourisme, transport, finance); promouvoir une approche plus intégrée entre secteurs et institutions; favoriser une prise de conscience du public sur le rôle de la biodiversité pour la société et l’économie. Les travaux récents portant sur l’attribution d’une valeur économique à la biodiversité et aux écosystèmes, à l’instar du rapport Teeb[2] [voir le JDLE] peuvent jouer un rôle majeur, selon l’AEE.

« Nous risquons de rater les prochains objectifs si nous ne modifions pas notre manière de gérer l’environnement », souligne Jacqueline McGlade directrice exécutive de l’AEE. « En pratique, cela signifie inciter le secteur privé à prendre des décisions via des incitations économiques et des normes réglementaires. Aucun progrès suffisant ne pourra être obtenu sans intégrer l’environnement dans l’économie. »

Les politiques et les mesures de lutte contre la perte de la biodiversité doivent prendre en compte toutes les menaces et les pressions pesant sur les écosystèmes, au-delà des frontières administratives, tout en assurant une coopération entre les secteurs économiques, résume l’AEE.

D’ici la fin de 2010, l’UE doit finaliser sa nouvelle stratégie pour la biodiversité à l’horizon 2020. En mars dernier, les 27 ministres de l’environnement ont adopté des objectifs pour stopper la perte de la biodiversité d’ici à 2020 ainsi qu’une vision à long terme pour 2050.

 

 



[1] Le réseau écologique établi par directive «Habitats» de 1992 compte environ 26.000 sites et couvre près de 18 % du territoire de l’UE. Il a pour objectif d’assurer la survie à long terme des espèces et des habitats les plus précieux et les plus menacés d’Europe, mais n’exclut pas les activités humaines sur son territoire.

 

[2] Etude sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité (The economics of ecosystems and biodiversity)



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