Insectes et élevages ne font pas bon ménage

Le 10 décembre 2018 par Marine Jobert
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Les insectes dans les élevages ne font pas bon ménage.
Les insectes dans les élevages ne font pas bon ménage.

Les insectes non-cibles, et la très étudiée abeille mellifère, sont sensibles aux antiparasitaires et autres biocides à action insecticide couramment utilisés en médecine vétérinaire. Une autre voie pour expliquer les effondrements de colonies à proximité des élevages?

L’hiver 2013-2014, des surmortalités anormales d’abeilles dans les Pyrénées avaient affolé le milieu apicole. La piste de contaminations issues des élevages voisins avait été mise en avant. Pour approfondir la question, une étude de cohorte réalisée en Ariège et dans les Bouches-du-Rhône a été menée entre 2015 et 2017, accompagnée d’enquêtes dans les élevages autour des colonies. Les résultats seront diffusés… d’ici mi-2019. Mais d’ores et déjà, la littérature scientifique permet de conclure que les insectes apprécient peu les biocides et autres antiparasitaires couramment employés en médecine vétérinaire, à en croire l’article publié par Maryline Pioz et Cyril Vidau, tous deux issus de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), dans un numéro spécial du bulletin des groupements techniques vétérinaires.

Car riche de quelque 300 médicaments -antibiotiques, antiparasitaires et anticoccidiens-, la pharmacopée animale n’est pas avare, par ailleurs, en biocides à usage vétérinaire. Plusieurs centaines sont commercialisés en France. Or, «outre l’apparition de résistances, ils sont responsables d’une contamination plus ou moins importante de l’environnement et sont désormais considérés comme des contaminants émergents», estiment les chercheurs.

Dans le sol et l’eau

Dans le sol, les eaux de surface ou souterraines, et même dans les plantes, les résidus et les métabolites des traitements préventifs ou curatifs employés en médecine vétérinaires font leur chemin. Idem pour les produits biocides utilisés pour le maintien des conditions d’hygiène et l’entretien des locaux et des équipements d’élevage. Les voies de dissémination sont connues. Qu’ils soient excrétés par les animaux, utilisés directement sur les sols, les murs et les litières, ou directement dans les fermes aquacoles ou à la pâture, les médicaments ou les biocides finissent dans les sols ou dans l’eau. «La présence dans le sol d’antiparasitaires est d’autant plus préoccupante pour la faune du sol que le temps de demi-vie des molécules y est relativement long», ont constaté les chercheurs. Et «leur activité biologique est susceptible d’impacter le fonctionnement des écosystèmes en induisant des effets sur des organismes non-cibles». C’est notamment le cas des molécules ayant une activité insecticide.

Jus de fumier chargés

A part les coprophages –qui ingèrent les fèces– peu d’études ont évalué la toxicité de ces antiparasitaires sur les insectes. Pour les abeilles mellifères, c’est notamment via les traitements utilisés dans la lutte contre le varroa qu’ont lieu les contaminations. Or la présence constatée des acaricides apicoles dans les cires et l’exposition chronique qu’ils induisent «peuvent ainsi avoir un impact non négligeable sur la santé des colonies: mortalité larvaire, baisse de la durée de vie adulte, moindre qualité des reines et faux-bourdons», énumèrent les chercheurs. Les jus de fumier et les eaux de lessivage, matrices chargées en matières organiques – et en antiparasitaires et biocides– sont attractives pour les abeilles butineuses d’eau (essentielles pour la vie de la ruche). Et ce d’autant plus lorsque la formulation commerciale contient une base sucrée visant à renforcer l’attractivité vis-à-vis des diptères! Et les concentrations relevées sont «suffisantes pour induire un risque pour l’abeille».

Améliorer la pharmacovigilance

Que faire? Diverses actions sont à favoriser, proposent les chercheurs. Comme l’amélioration de la gestion de ces substances depuis leur prescription par le vétérinaire jusqu’à l’élimination des déchets associés. Ou encore l’évaluation du risque pour les organismes non-cibles ainsi que le renforcement de la surveillance des effets secondaires des médicaments (pharmacovigilance), «en particulier pour les acaricides apicoles pour lesquels peu d’informations semblent transmises alors que des effets non intentionnels sont parfois rapportés par les apiculteurs». Une autre piste se dessine: orienter le choix des molécules et des animaux à traiter ainsi que les périodes d’administration, pour «minimiser le transfert dans l’environnement des antiparasitaires et biocides et leur possible impact sur des organismes non-cibles».

 

 



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