Inondations et arsenic: la double peine de Salsigne

Le 08 novembre 2018 par Romain Loury
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A Salsigne, la menace climatique accroît les risques
A Salsigne, la menace climatique accroît les risques
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Situé dans l’Aude, l’ancien site minier de Salsigne a été lourdement frappé par les inondations survenues mi-octobre. Au risque de libérer en masse de nombreux produits toxiques, dont l’arsenic, qui empoisonne durablement l’environnement.

Entre les 14 et 15 octobre, 340 millimètres d’eau sont tombés sur le site de Salsigne. Or ce site minier, fermé en 2004, est l’un des plus pollués de France. En tout, il contiendrait 11,6 millions de tonnes de résidus pollués, en particulier de l’arsenic, avec des retombées sanitaires avérées pour les riverains. Ce qui est source de vives tensions entre ces derniers et la préfecture, accusée de déni.

Ces déchets sont pour la plupart stockés dans deux principaux sites, Montredon, qui présente d’importantes fuites et fait l’objet de travaux de réfection, et le bassin de l’Artus. Or tous deux ont été légèrement endommagés par les pluies torrentielles, faisant craindre un afflux redoublé d’arsenic dans l’environnement.

Pas de risque important immédiat, selon la Dreal

Ces dégâts ont été rapidement constatés par la Dreal et le BRGM (1), aussitôt venus sur le terrain, explique Laurent Denis, responsable de l’unité interdépartementale Aude-Pyrénées orientales à la Dreal Occitanie. Des travaux de reprise des deux sites stockages vont être effectués, ajoute-t-il.

Pour autant, «on peut rassurer la population sur la situation immédiate: aucun risque important n’a été identifié», indique Laurent Denis. Une fois les travaux de reprise effectués, la réfection de Montredon (reprise du talus, nouveau système d’imperméabilisation) va reprendre, avec une nouvelle phase de travaux qui devrait débuter courant 2019.

Une lagune d’infiltration près de l’Orbiel

Quant au bassin de l’Artus, ses eaux sont recueillies dans une station de traitement située sur la rivière Orbiel. L’arsenic y est précipité à la chaux, les eaux résiduelles, qui contiennent encore de l’arsenic, étant ensuite acheminés dans une lagune d’infiltration, où elles diffusent lentement dans la rivière –de manière à diluer la pollution.

Or les berges de cette lagune ont également souffert. En particulier la digue donnant sur l’Orbiel, largement rabotée par le torrent. A certains endroits, ce cordon a même été ramenée à seulement un mètre de largeur, au risque de relâcher en masse des eaux polluées dans le courant. Là aussi, des travaux de reprise de la digue vont être lancés, indique Laurent Denis.

La verse de Narteau, épée de Damoclès

Echaudée par les litiges avec la préfecture, la population se montre plus que circonspecte quant à l’absence de pollution massive. Président de l’association Les Gratte-Papiers, François Espuche, estime au contraire que «les flux d’arsenic ont été extrêmement importants», et qu’il en existe des «signes tangibles».

Selon une thèse menée en 2013, l’Orbiel charrie près de 8 tonnes d’arsenic par an, hors évènement exceptionnel. Selon François Espuche, il n’est pas impensable que les inondations aient accru cette masse d’une à deux tonnes.

Outre les dégâts engendrés à Montredon, dont le sommet baignait dans l’eau après la pluie, c’est la verse de Narteau qui inquiète le plus. Ce site consiste en des stériles déposés entre 1923 et 1936 sur une pente très prononcée (70 degrés), lourdement chargés en arsenic -120 tonnes au total-, sous forme pure par endroits. Totalement dénuée de végétation, cette pente est bordée, à son pied, par un faible ruisseau, le Grésillou, qui se jette dans l’Orbiel.

Certes, la verse de Narteau a été isolée du Grésillou par un système de protection, posé il y a trois ans. Mais une partie de ces gabions (casiers constitués de fils de fer tressés et contenant des pierres) a été endommagée par le Grésillou, devenu torrent lors des inondations. Pire, ces gabions présentent un «liseré blanc pur», signe qu’«ils ont reçu une bonne dose d’arsenic», explique François Espuche.

Pour Laurent Denis, de l’arsenic de la verse a en effet pu être en partie lessivé par la pluie, mais il estime que «les gabions ont bien tenu, à part quelques grillages». «Le Grésillou est montré très haut: je ne dis pas qu’il n’a rien emporté, mais en tout cas pas de grosses parties. Un petit glissement est survenu au-dessus des gabions, mais sans atteindre le Grésillou», explique-t-il.

Des sédiments rabotés vers l’aval

Autre inquiétude pour François Espuche, la fuite en aval de sédiments surchargés en arsenic. «Ces sédiments ont été décapés sur deux à trois mètres de profondeur entre la verse de Narteau et le gué de Lassac», sur l’Orbiel, constate-t-il. Avec le risque qu’ils se soient déposés plus en aval, dans des zones qui s’en trouveraient à leur tour durablement polluées.

Si Laurent Denis écarte tout risque important immédiatement après les pluies, la préfecture «va prendre le temps de présenter des données plus complètes» sur les teneurs en arsenic libérées. Probablement lors de la prochaine commission locale d’information (CLI) de Salsigne, qui devrait avoir lieu avant fin janvier 2019. Un peu tard pour François Espuche, selon qui «si les résultats avaient été bons, la préfecture s’en serait vantée immédiatement».

(1) Dreal: direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement. BRGM: Bureau de recherches géologiques et minières



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