Infections nosocomiales: un édulcorant mis en cause

Le 04 janvier 2018 par Romain Loury
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Le tréhalose
Le tréhalose

Le tréhalose, un édulcorant présent dans de nombreux aliments, pourrait être l’une des causes de la recrudescence de Clostridium difficile, bactérie responsable d’infections nosocomiales mortelles, depuis le début des années 2000, selon une étude publiée mercredi 3 janvier dans la revue Nature.

Certes, le tréhalose, constitué de deux molécules de glucose, est bien moins connu que l’aspartame, le plus utilisé des édulcorants. Ce dernier, dont l’homologation s’est effectuée dans des conditions douteuses[i], a plusieurs fois vu son profil de sécurité mis en cause. Selon certains travaux, les édulcorants pourraient même, contrairement à ce qu’avancent les agro-industriels, favoriser l’obésité et le diabète.

Autorisé dans l’UE en 2001

Le tréhalose pourrait avoir un effet tout aussi inquiétant: notamment utilisé dans la viande de bœuf hachée, les glaces et les pâtes, cet édulcorant est autorisé aux Etats-Unis depuis 2000 et dans l’Union européenne depuis 2001. C’est depuis cette époque que sévit dans les hôpitaux la bactérie Clostridium difficile (C. difficile), responsable d’infections très sévères, parfois mortelles.

C’est en 1985 que l’une des souches actuellement les plus virulentes, dénommée RT027, a été isolée dans un hôpital parisien, mais il faut attendre le début des années 2000 pour qu’elle devienne virulente et épidémique, causant un nombre croissant d’infections nosocomiales. Or le tréhalose pourrait bien expliquer ce tournant, selon l’étude publiée par l’équipe de Robert Britton, du Baylor College of Medicine de Houston (Texas).

Une virulence accrue par le tréhalose

RT027 est capable de métaboliser le tréhalose, et donc de pousser dans un milieu qui ne contient pas d’autres types de sucres. D’autres souches de C. difficile en font autantmais RT027 y parvient même lorsque l’édulcorant est présent en faibles quantités. En cause: une mutation entraînant une activation du gène TreA, codant pour une phosphotréhalase, enzyme qui coupe le tréhalose en deux molécules de glucose –utilisables par la bactérie.

Selon les expériences menées par l’équipe, des souris infectées par la souche RT027, puis nourries avec un régime riche en tréhalose, présentent une mortalité 3,2 fois plus élevée que celles infectées par la même bactérie mais non exposées à l’édulcorant. A l’inverse, des bactéries de souche RT027 dont le gène TreA a été enlevé sont 78% moins virulentes.

Du tréhalose dans l’intestin humain

Qu’en est-il pour l’homme? S’il est difficile d’extrapoler un tel lien à partir d’expériences menées chez la souris, les chercheurs montrent que l’édulcorant est présent, dans l’intestin de trois personnes sous régime alimentaire normal, à des concentrations suffisantes pour activer la bactérie RT027, mais pas celles d’autres souches de C. difficile.

L’équipe fait par ailleurs état d’une autre souche virulente et épidémique, RT078, également sensible à de faibles concentrations de tréhalose, mais par un mécanisme différent: cette bactérie a acquis un gène favorisant l’absorption de l’édulcorant, lui permettant d’en engranger de plus grandes quantités sur un milieu en contenant peu.

Un rôle «important» dans l’épidémie

«Sur la base de ces résultats, nous pensons que l’arrivée et l’usage généralisés du tréhalose dans l’alimentation humaine a joué un rôle important dans l’émergence de l’épidémie par des souches épidémiques et hypervirulentes de Clostridium difficile», concluent les auteurs.

Selon Brendan Wren, professeur de pathologie microbienne à la London School of Hygien & Tropical Medicine (Londres), «le lien [entre épidémie de C. difficile et commercialisation du tréhalose] ne peut encore être définitivement établi, mais l’étude en apporte plusieurs éléments de preuve». Ces travaux montrent «un bel exemple de la façon dont des changements d’activité humaine (par exemple l’utilisation d’additifs alimentaires) ont des conséquences inattendues sur l’émergence et la propagation d’un agent infectieux», conclut-il.



[i]Cf. le livre «Notre poison quotidien» de la journaliste Marie-Monique Robin (éd. La Découverte, 2011).

 



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