Indispensable, mais difficile, l’adaptation au changement climatique

Le 18 novembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La montée du niveau des mers est inexorable.
La montée du niveau des mers est inexorable.

Depuis le début de la semaine, des climatologues français s’interrogent, dans un colloque co-organisé par l’Iddri et l’IPSL, sur les stratégies d’adaptation au changement climatique. Souvent complexes à élaborer, ces planifications d’organisations nouvelles ou de grands travaux doivent pourtant être mises en œuvre dans des délais raisonnables.

Longtemps, les politiques ont mis l’accent sur l’atténuation du changement climatique. Des années durant, les stratégies climatiques des Etats fixaient comme priorité la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’était sans doute les actions les plus «simples» à mener et celles qui ont connu les développements les plus rapides: marchés des quotas d’émission, développement des énergies renouvelables, technologies de captage et de stockage de CO2, etc. Frapper les émetteurs était aussi une façon pour nos dirigeants de refuser, inconsciemment, le caractère irrépressible des conséquences du réchauffement.

Depuis une dizaine d’années, pourtant, l’adaptation est de sortie. Dès 2007, la France publie une stratégie nationale. Suivie deux ans plus tard par le Livre blanc de la Commission européenne. Hélas, ces programmations ont parfois bien du mal à sortir des tiroirs. Plusieurs raisons à cela. «Beaucoup d’incertitudes restent à lever, explique Sylvie Joussaume, directrice de l'Institut national des sciences de l'univers (CNRS). Les scénarios d’évolution du climat sont fortement tributaires de nos comportements futurs, mais aussi de la capacité des modèles à les scénariser. Sans oublier la variabilité naturelle du climat qui est, elle aussi, source d’incertitude.»

 

Les zones dangereuses ne sont pas sûres

Spécialiste des questions d’adaptation et de vulnérabilité à l’Iddri[1], Alexandre Magnan pointe d’autres difficultés. «L’homme consomme de plus en plus d’espaces naturels, et notamment des écosystèmes, comme la mangrove, qui le protègent des aléas naturels. Nous traitons ces vulnérabilités de façon ingénieriste. Par exemple, en élevant des digues pour nous protéger de la montée du niveau de la mer. Ces ouvrages nous font oublier le danger. Résultat: nous nous installons dans des zones que nous croyons sûres alors qu’elles sont toujours à risque.»

Bien décrites par le dernier rapport du Giec[2], les conséquences des changements climatiques ne sont pas toujours appréciées de la même façon par tous. «Lors de l’élaboration du rapport de synthèse du dernier rapport du Giec, il a fallu modifier un graphique qui déplaisait aux délégués africains. En effet, l’un des principaux effets du réchauffement en Afrique qui y était décrit est la disparition des glaciers», rappelle le climatologue Hervé Le Treut (IPSL[3]). Un sujet effectivement peu vendeur auprès des gouvernements du continent. D’un acteur à l’autre, l’appréciation des conséquences du réchauffement diffère: «Pour EDF, une vague de froid, c’est deux jours consécutifs où la température ne dépasse pas 0°C. Pour GDF, il faut 15 jours consécutifs à cette température pour que l’on évoque une vague de froid», résume la climatologue Pascale Braconnot (LSCE[4]).

 

Mission impossible?

Mission impossible, l’adaptation? C’est ce qu’a voulu savoir la chercheure du LSCE. Cette spécialiste de la modélisation des cycles biogéochimiques a lancé, il y a 4 ans, le programme Secif. Réunissant une dizaine d’institutions de recherche et d’entreprises, ce partenariat vise à développer des «services climatiques pour les industries françaises». Financé par les Investissements d’avenir, ce partenariat est original à plus d’un titre. «Il s’agit de partir d’une demande précise d’un acteur, comme une collectivité ou une entreprise, pour modéliser l’évolution d’un climat local et ses conséquences pour l’activité socio-économique locale», explique Céline Déandréis (IPSL).

A Romans-sur-Isère (Drôme), la Compagnie générale des eaux (CGE, groupe Veolia) souhaitait savoir si le réchauffement allait accroître la pluviométrie; phénomène qui pourrait imposer la construction de nouveaux ouvrages de gestion des eaux pluviales. Plusieurs années durant, les ordinateurs ont mouliné des données aussi diverses que l’évolution attendue du régime de précipitations, des surfaces imperméabilisées, les événements météo extrêmes, etc. Considérable, ce travail n’a pas tout à fait répondu à la préoccupation de la compagnie fermière. En cause: l’incapacité pour les chercheurs de déterminer si la hausse de la pluviométrie sera imputable à un accroissement du nombre d’événements extrêmes ou de pluies fines. Un détail qui change tout. Dans le doute, la CGE a décidé qu’il était urgent d’attendre. Elle n’a pas été démentie par l’ancienne capitale de la chaussure.

Si l’expérience n’est pas aussi concluante qu’espéré, la démarche mérite d’être encouragée. La plupart des communes subiront, et pas forcément dans un avenir lointain, les effets plus ou moins direct du réchauffement. Et toutes ces conséquences ne sont pas aussi difficiles à modéliser qu’un régime dépressionnaire dans un environnement montagneux. La catastrophe de la Faute-sur-Mer est là pour le rappeler.

 



[1] Iddri: Institut du développement durable et des relations internationales

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

[3] IPSL: Institut Pierre Simon Laplace des sciences de l'environnement global

[4] LSCE: Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement

 



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