Incendies californiens: une catastrophe aux causes multiples

Le 19 novembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Urbaniser des zones forestières mal exploitées devient risqué.
Urbaniser des zones forestières mal exploitées devient risqué.
Fema

Réchauffement, gestion forestière, urbanisme et inconscience sont les carburants des feux qui ravagent le plus riche Etat des Etats-Unis.

 

Alors qu’il continue sa progression, Camp Fire restera dans les mémoires comme le pire incendie de l’histoire de la Californie. Provisoires, les derniers bilans du sinistre qui ravage une zone montagneuse située à 300 kilomètres au nord-est de San Francisco font état de 77 morts, un millier de disparus et de la destruction de 14.000 bâtiments. Malgré l’inimitié qu’il porte au gouverneur sortant du Golden State, le président Trump n’a pu faire l’économie, le 17 novembre, d’une visite à Paradise, ville totalement rasée par les flammes.

Moins de prévention

Une semaine auparavant, le locataire de la Maison blanche avait menacé de couper les subsides fédéraux au Golden State, coupable à ses yeux de n’avoir pas entretenu les forêts. Problème: les massifs actuellement en feu sont des terres… fédérales. Or, depuis une vingtaine d’années, les services forestiers fédéraux ont totalement délaissé les activités de prévention des incendies (feu contrôlé, évacuation des bois morts) pour se focaliser sur la lutte contre le feu. Entre 2001 et 2015, 17 millions d’hectares ont été nettoyés par les forestiers fédéraux: l’équivalent de 16% des surfaces qui ont été consumées durant la même période.

Donald Trump a aussi proposé de s’inspirer des techniques mises en œuvre par les forestiers finlandais pour préserver leurs massifs. Des forêts peuplées par d’autres espèces et soumis à un autre climat que la Californie.

75.000 hectares déjà consumés

Pour autant, la rapidité avec laquelle Camp Fire a provoqué autant de dégâts ne peut qu’effrayer. Comment est-il possible qu’en quelques dizaines d’heures un feu de broussailles ait pu ravager 75.000 ha de maquis et de forêts et détruire plus de 10.000 maisons, 418 magasins et 3.000 bâtiments divers?

saison des feux allongée

L’enquête est en cours. Mais d’ores et déjà, les spécialistes pointent plusieurs causes. A commencer par le réchauffement. Le Global Warming accroît la température moyenne de l’air et du sol, multiplie les vagues de chaleur et leur durée et réduit le nombre d’épisodes de pluie chaque année. Dans les années 1970, la saison annuelle des incendies en Californie durait environ 140 jours. Depuis le début du siècle, elle est proche des 230 jours par an. 

pas de pluie depuis 200 jours

Entre 2011 et 2016, la Californie a subi 5 années consécutives de sécheresse. Et la région de Sacramento n’a pas vu tomber une goutte de pluie depuis plus de 200 jours, cette année. Ces épisodes de sécheresse mettent à mal la forêt. Dans un entretien accordé au Sacramento Bee, Michael Picker, président de la Commission californienne de régulation des services publics, estime que les massifs situées autour de Paradise comptent 130 millions d’arbres morts.

les étincelles des lignes électriques

L’embrasement de ce formidable combustible a peut-être été provoqué par un incident électrique survenu sur une ligne de distribution d’électricité appartenant à PG&E. L’événement n’a rien de surprenant. L’an passé, les réseaux d’électricité ont été à l’origine de 10% des feux en Californie. Selon certains observateurs, l’énergéticien de San Francisco s’apprêterait à se placer sous la protection de la loi sur les faillites pour dissuader les victimes d’engager des poursuites. En attendant, il coupe l’électricité et le gaz des zones qui peuvent être touchées par le méga incendie.

Les flammes ont aussi été attisées par les vents de Santa Ana. Bien connus des Californiens, ces puissants vents catabatiques descendent chaque automne du Grand Bassin et du désert de Mojave vers la côte du Pacifique. Ils poussent aussi les fumées des feux vers la côte. Ce qui explique que les San-Franciscains soient désormais incommodés.

urbanisation accélérée

Le désastre du Camp Fire est aussi le fruit de l’urbanisation accélérée des zones forestières. Depuis 1990, rappelle Headwaterseconomics, un centre de recherche sur la gestion des risques, 60% des nouveaux logements construits en Oregon, dans l’Etat de Washington et en Californie, l’ont été en zone forestière. Désormais, la moitié de la population de ces trois Etats réside en lisière de bois. Ces nouveaux villages de maisons individuelles sont souvent desservis par un petit nombre de routes. Ce qui réduit les possibilités d’évacuation rapide en cas de danger. Des milliers d’habitants de Paradise ont ainsi été bloqués dans des embouteillages entourés par les flammes.

vivre avec le feu

Les habitants de ces villes dans les bois ne sont pas exempts de tout reproche non plus. Pour réduire les frais, ils privilégient souvent des constructions légères ne présentant aucune résistance à l’incendie. Rarement les consignes des pompiers sont respectées: les maisons sont souvent bâties au milieu des arbres. Les propriétaires rechignent souvent à réaliser les travaux de débroussaillage réglementaires. A ce rythme, la Californie va devoir s’habituer à vivre au feu.

 



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