Incendie mortel : les pompiers mis en examen

Le 20 janvier 2005 par Christine Sévillano
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Un grave incendie s'est produit en 2002 dans le centre-ville de Chambéry. Il a fait deux morts, deux personnes qui ont contacté les services de secours. Le chef des pompiers a été mis en examen pour le dysfonctionnement de ses services. Ils n'auraient pas eu connaissance suffisamment tôt de cet appel. Mais les pompiers assurent avoir fait leur travail.

C'est une grande première en France. Le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Savoie a été mis en examen le 28 décembre 2004 dans le cadre d'un incendie qui s'est produit le 1er janvier 2002 dans le centre-ville de Chambéry. Deux jeunes gens y avaient trouvé la mort. Les sapeurs-pompiers se sont rendus sur place, alertés par les témoins du sinistre, provoqué par l'inflammation intentionnelle d'un sapin au contact d'une bougie. Mais la polémique porte sur l'appel du jeune couple qui n'aurait pas été relayé auprès des services de secours selon les parents plaignants. Les pompiers n'auraient pu alors sauver les jeunes gens. «Nous sommes sûrs que s'ils avaient été informés de leur présence, ils auraient fait le maximum pour les sauver. Nous voulons mettre donc le doigt sur les dysfonctionnements du service de secours. Toutefois, nous cherchons surtout la condamnation de la personne qui a mis le feu», explique maître Christian Saint-André, avocat de la mère de la jeune fille décédée.

Au SDIS, on explique que les procédures d'intervention ont été respectées. Les pompiers ne savaient pas alors que deux personnes étaient encore dans les logements quand ils sont intervenus. «Des témoins nous ont affirmé qu'il n'y avait plus personne. Mais ces allégations ne nous ont pas empêché de respecter nos procédures à savoir aller le vérifier par nous-mêmes. Nos pompiers ont été jusqu'au second étage et n'ont pas pu monter plus haut tellement le feu avait pris», affirme le lieutenant-colonel Lhuillier, directeur adjoint du SDIS de Savoie. Ils sont arrivés sur les lieux six minutes après l'appel mais le brasier était déjà important. Rappelons que cet incendie s'est propagé à six autres bâtiments, soit une quarantaine de logements. «Selon un expert, la température était supérieure à 600°C, c'est trop pour le corps d'un homme, même un pompier portant un casque. Ils ont été confrontés à une véritable barrière d'autant plus qu'il n'y avait qu'un seul escalier de service dans ce type d'immeubles datant du XII et XIIIe siècle. Ces constructions désuètes expliquent aussi d'ailleurs la violence de l'incendie. Sans compter que la source, le sapin, devient une torche en dix secondes. En fait, s'il n'est pas maîtrisé par l'instigateur, il est déjà trop tard», poursuit le responsable. Les deux menaces essentielles pour les résidents restés dans les murs et pour les pompiers sont le dégagement de fumées toxiques provoquées par les matières plastiques des logements comme le PVC et le potentiel calorifique. La chaleur atteint vite des sommets lorsque le feu entre au contact de tissus, de bois et de produits ménagers. L'inflammation d'hydrocarbures au cours d'un incendie peut faire monter la température de 100 ou 200 °C. En somme, qu'ils aient eu l'information de la présence du jeune couple ou pas, les pompiers n'auraient pu les secourir.

«On leur reproche également d'avoir affirmé aux familles au moment de l'incendie que les victimes n'étaient pas à l'intérieur alors que les parents soutenaient le contraire», poursuit l'avocat. Défaillance technique des postes transmetteurs, erreur humaine ou débordements du SDIS, l'enquête devra faire la lumière sur un dysfonctionnement éventuel. Une mise en examen qui aura tout de même nécessité trois ans de procédure, alors qu'elle coïncide étrangement avec la nomination d'un nouveau juge et le départ à la retraite du procureur de la République. Cette première fait craindre une multiplication de ce type de procès au sein du corps de métier le plus apprécié de la population. «C'est difficile à accepter. On se retrouve face à une obligation de résultat alors que nos hommes risquent leur vie pour contrecarrer les conséquences d'actes malencontreux ou volontaires. Si les poursuites se multiplient à terme, aucun homme ne voudra plus s'engager comme pompier», conclut le lieutenant-colonel Lhullier.




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