Inaction climatique: les ONG ne lâchent pas «l’affaire du siècle»

Le 15 février 2019 par Stéphanie Senet
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La réponse de François de Rugy n'a pas convaincu
La réponse de François de Rugy n'a pas convaincu

La rencontre avec le ministre de la transition écologique et le Premier ministre, le 14 février, n’a pas convaincu les ONG à l’initiative de «L’affaire du siècle». Sans réponse formelle d’ici le 18 février, elles déposeront officiellement leur recours devant le tribunal administratif en mars prochain.

Le ministre de la transition écologique s’est finalement décidé à répondre à l’action en responsabilité climatique engagée le 17 décembre par les ONG Notre affaire à tous, la Fondation Nicolas Hulot (FNH), Oxfam et Greenpeace. Avec plus de 2 millions de signatures, la pétition qui l’accompagne y est sans doute pour beaucoup.

Il n’a toutefois pas adressé cette réponse aux principaux intéressés, préférant la voie du communiqué de presse. Dans le courrier introductif, François de Rugy conteste l’inaction climatique du gouvernement, justifiant les retards par le poids des opposants à la transition. «La taxe carbone est un outil nécessaire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Mais vous le savez, la fiscalité écologique rencontre de nombreuses oppositions», affirme-t-il en référence au mouvement des Gilets jaunes. Même chose pour le développement des énergies renouvelables, qui rencontre «son lot d’oppositions, y compris parmi les défenseurs de l’environnement».

10 pages de plaidoyer

Dans un document annexe de 10 pages, le ministère de la transition écologique rappelle les actions engagées en faveur du climat. Il cite la baisse de 16% des émissions de GES de la France depuis 1990, attribuant la légère hausse de 2017 «en partie à des éléments conjoncturels», dont le bas prix des énergies, l’indisponibilité du parc nucléaire et les conditions climatiques. Il assure aussi qu’elles devraient être «orientées à baisse, avec des consommations d’énergie plus faibles» en 2018. Ce plaidoyer abuse des références au passé, rappelant que la France a été «pionnière dans la lutte contre le réchauffement depuis les années 1970», qu’elle a joué «un rôle fondamental dans les négociations climatiques», et «un rôle moteur» dans l’action climatique européenne.

Invitation à débattre

Son invitation à participer au Grand débat national ne convainc pas davantage ces ONG qui réclament des mesures ambitieuses. Dans un communiqué, les associations rappellent que «cela fait plus de 30 ans que nous dialoguons avec l’Etat. Ce sont maintenant des actes forts que nos organisations et plus de 2 millions de soutiens attendent avec une grande impatience.»

Transports et bâtiments: des objectifs sur le papier

Au plan sectoriel, l’opus ministériel défend la politique menée en matière de transport, citant la prime à la conversion, le bonus pour les véhicules électriques, le malus pour les véhicules les plus polluants, le soutien aux poids lourds au gaz naturel, et le plan vélo. Côté bâtiments, il se réfère à l’objectif de supprimer les passoires thermiques en 2028 (avec 14 milliards d’euros dédiés à la rénovation énergétique). Autant de mesures jugées insuffisantes pour atteindre les objectifs de réduction d’émission de GES et d’efficacité énergétique visés par le Paquet européen en 2020.

L’Etat ne peut pas tout faire, ajoute le texte. «C’est l’action de chacun qui est nécessaire. C’est en investissant, financièrement et personnellement, dans les actions protectrices de l’environnement que l’on pourra agir», préfère-t-il conclure. Un message non synchrone des étudiants qui, ce 15 février, ont crié dans les rues leur colère contre l’inaction climatique du gouvernement français. Ni avec les ONG de l’Affaire du siècle. Leur verdict: le gouvernement a jusqu’au 19 février pour répondre à leur demande préalable. S’il ne va plus loin, elles saisiront officiellement le tribunal administratif de Paris d’un recours en carence fautive.

 

Action climatique contre Total / Après l’Etat français, c’est au tour du groupe pétrolier français Total d’être visé par un recours judiciaire. Une dizaine de collectivités et plusieurs associations (dont Notre affaire à tous) devraient adresser leur mise en demeure d’ici la fin mars. Etape préalable à une demande d’injonction au titre du devoir de vigilance. Elles avaient lancé un avertissement en octobre dernier et attendent, elles aussi, un plan ambitieux de la part du groupe pétrolier.

 



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