Impacts des biocarburants : la Commission tarde à se prononcer

Le 23 décembre 2010 par Célia Fontaine
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la conversion de surfaces agricoles pour la production de biocarburants peut avoir des effets négatifs sur l'environnement.
la conversion de surfaces agricoles pour la production de biocarburants peut avoir des effets négatifs sur l'environnement.

La Commission européenne a publié le 22 décembre un rapport dans lequel elle annonce que son analyse sur la prise en compte du changement d'affectation des sols dans l'évaluation de la durabilité des biocarburants sera présentée au plus tard en juillet 2011. Dans un communiqué du même jour, le Bureau européen de l’environnement (BEE) regrette que le sujet fasse une fois de plus l’objet d’un report.

D’ici 2020, il faudra atteindre 10 % d'énergies renouvelables dans le secteur des transports et réduire de 6 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) imputables à la consommation de carburants, nous demandent les textes européens[1]. Pour atteindre ces objectifs, l’Europe table sur une contribution significative des biocarburants.

Mais l’usage des biocarburants permet-il de réelles réductions d'émission de GES ? Comment conjuguer la demande croissante en biocarburant avec la répartition des cultures ? Des questions aux enjeux écologiques et économiques qui ont toujours du mal à obtenir des réponses. A tel point que la Commission européenne retarde encore le moment de livrer son analyse sur le sujet : elle aurait dû la soumettre au Parlement européen avant fin décembre 2010.

Le bilan environnemental et climatique des cultures de biocarburants est encore aujourd’hui très difficile à chiffrer (dans le JDLE). Il ne sera pas identique selon que les cultures sont effectuées sur des terrains agricoles ou sur d’anciennes forêts tropicales, comme c’est souvent le cas pour la culture de palmiers à huile, par exemple.

« Lorsque la conversion de surfaces agricoles pour la production de biocarburants induit une augmentation des importations de denrées alimentaires, cela peut poser problème. Mais il est difficile de conclure aujourd’hui », avait indiqué au JDLE Christophe Pouët, chef de l’unité Bioressources au sein de la direction Energie et production durable à l'Ademe. En France, nous importons 10 à 20 % de nos biocarburants. « La question est donc de savoir quel pourcentage est lié à la déforestation ou à la conversion de prairies (dont le labour induit un déstockage de CO2) », poursuit Christophe Pouët.

Le rapport de la Commission du 22 décembre admet que les changements indirects dans l'affectation des sols peuvent « atténuer les réductions d'émission de gaz à effet de serre associées aux biocarburants ». Mais il fait également état de « diverses insuffisances et incertitudes associées aux modèles disponibles ».

La Commission réalisera donc une analyse d'impact l’année prochaine, en prenant en considération les modifications potentielles de la législation en vigueur. « Nous avons défini des critères de durabilité robustes pour la production de ces biocarburants, mais nous ne devons pas négliger les effets indésirables qu'ils pourraient entraîner à l'échelle planétaire du fait de la demande ainsi créée. L'action dans ce domaine doit se fonder sur le principe de précaution », a déclaré Connie Hedegaard, commissaire chargée de l’action en faveur du climat.

En attendant, le rapport fait la synthèse des travaux d'analyse effectués par la Commission au cours des deux années écoulées. Il intègre les consultations réalisées tant auprès d'experts que du grand public sur cette question.

L’analyse qui sera livrée en juillet 2011 sera « le cas échéant accompagnée d'une proposition législative concernant la modification des directives sur les énergies renouvelables et sur la qualité des carburants », précise la Commission.

Pour le Bureau européen de l’environnement (BEE), le fait de retarder la clarification de la politique des biocarburants n’est pas une bonne nouvelle. BirdLife Europe et l’association Transport et environnement (T&E) se joignent au BEE dans un communiqué du 22 décembre pour demander une révision immédiate des critères d’utilisation des biocarburants, afin de prendre en compte les impacts des changements indirects dans l’affectation des sols.

Une étude de l'Institute for European Environmental Policy (IEEP) de novembre dernier révèle que si la politique de l’UE n’est pas modifiée, les émissions de GES risquent d’augmenter.

« La science a montré que la politique de l’UE en matière de biocarburants a causé plus de dégâts environnementaux qu’elle n’en a résolus. Mais malgré cela, la Commission décide de retarder son action, ce qui entraîne une incertitude continue pour l’industrie des biocarburants », s’inquiète Nusa Urbancic, de T&E.

Les ONG soulignent qu’il est urgent de comptabiliser la totalité des émissions liées à l’utilisation des biocarburants, y compris celles induites par la transformation des forêts, prairies et autres poumons de la planète en zones agricoles.



[1] directive 2009/28/CE relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables et directive 2009/30/CE « Qualité des carburants »



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