Imaginer le futur autrement

Le 26 septembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Anticiper l'évolution des différents
Anticiper l'évolution des différents
Giec

Nouveaux scénarios, nouvelle vision du monde: climatologues, économistes et sociologues ont bouleversé leur méthode de travail pour produire plus rapidement les bases des futures politiques de lutte contre le changement climatique.

La démarche prospective du 5e rapport d’évaluation est radicalement différente du précédent opus du Giec. En 2007, la stratégie suivie par les prospectivistes était séquentielle. Les climatologues partaient de scénarios d’émission de gaz à effet de serre et de conditions socio-économiques (scénarios SRES) pour calculer un forçage radiatif [1], en déterminer les projections climatiques avant de décrire des conséquences physiques (montée du niveau des eaux, par exemple) et de proposer des solutions d’adaptation (construction de digues).

Les scénarios du Giec

Imaginés dans les années 1990, ces scénarios SRES proposaient plusieurs évolutions: A1 (croissance économique forte qui augmente la température de 1,4°C à 6,4°C), A2 (développement économique moins mondialisé –2°C à 5,4°C), B1 (développement durable et baisse de la natalité –1,1°C à 2,9°C), B2 (développement durable et régionalisé –1,4°C à 3,8°C), etc.

Définis par le Giec, ces scénarios posent deux problèmes aux climatologues. D’une part, ils ne prennent pas en compte les évolutions récentes de notre monde : moindre croissance démographique, développement à marche forcée des grands pays émergents, nouvelles technologies, mise en œuvre de politiques climatiques, etc. D’autre part, leur remise à jour est des plus complexes.

Nouvelle méthode

Pour gagner en réactivité, le Giec a donc demandé à la collectivité scientifique de lui proposer une autre méthode de travail. Définie ces trois dernières années, elle débute par la définition, par les climatologues et non plus par le Giec, de profils représentatifs d’évolution de concentration de GES, d’ozone, et de précurseurs des aérosols. Ces scénarios (dits RCP) sont sensés être représentatifs d’un accroissement du bilan énergétique mondial. Au nombre de 4, les RCP décrivent 4 trajectoires d’évolution d’émission de GES sélectionnées par les scientifiques, sur la base de plusieurs centaines de scénarios étudiés: RCP 8,5 annonce un forçage radiatif de 8,5 watts au mètre carré en 2100; RCP 6 un forçage radiatif de 6 W/m2; RCP 4,5 un forçage radiatif de 4,5 W/m2 et RCP 2,6 un forçage radiatif inférieur à W/m2. Pour mémoire, le forçage radiatif mesuré en 2011 est de 2,84 W/m2.

Deux fois plus de modèles

A partir de ces RCP, les chercheurs travaillent simultanément et en parallèle: les climatologues produisent des projections climatiques, utilisant les RCP comme points de départ; sociologues et économistes élaborent des scénarios, débouchant finalement sur des émissions de GES cohérentes avec les RCP.

Les modèles informatiques utilisés par les climatologues, pour les simulations associées aux RCP, ont aussi été affinés. Ils intègrent toujours plus de mécanismes qui régissent le climat (banquise, végétation, chimie des aérosols) [2], sont d’une meilleure résolution spatiale (certains ont une résolution horizontale de l’ordre du kilomètre). Une cinquantaine de modèles informatiques ont été utilisés pour rédiger le 5e rapport d’évaluation, contre 23 pour le 4e.

En parallèle avec les travaux des climatologues, sociologues et économistes tentent d’évaluer les coûts d’abattement des émissions et d'adaptation au changement climatique selon les évolutions possibles de nos sociétés, compatible avec les RCP.

Le principe repose sur une architecture en matrice, qui définit pour 5 familles de scénarios d'évolution socio-économique (SSP1 à SSP5) les efforts à consentir à l'échelle mondiale pour parvenir aux profils de concentrations correspondant à chacun des RCP. «Cette approche novatrice, indique une récente note de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, a la particularité d'isoler la décision prise du point de vue du climat de toutes les autres décisions: politiques, sociales et économiques.»

 

[1] Le forçage radiatif est défini comme la différence entre l’énergie reçue par la terre et réémise par elle vers l’espace. Une valeur positive signe le réchauffement climatique.

[2] Aucun n’intègre toutefois les effets sur le climat des incendies de forêt ou du dégel du permafrost.



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