Ilva: ArcelorMittal jette l’éponge

Le 04 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Ilva, l'un des sites les plus pollués d'Europe.
Ilva, l'un des sites les plus pollués d'Europe.

Le groupe sidérurgique indo-britannique ne reprendra finalement pas les hauts fourneaux d'Ilva, réputés être l’un des sites les plus pollués d’Italie.

 

Le sinistre feuilleton Ilva n’en finit pas d’empoisonner l’agglomération de Tarente (Italie). Ce lundi 4 novembre, ArcelorMittal a plongé la région des Pouilles dans la consternation en renonçant à la reprise de l’aciérie Ilva.

Cette installation est au cœur de l’un des pires scandales environnementalo-sanitaires ayant secoué l’Italie. Des décennies d’activités sans contrôle ont pollué une bonne partie de l’agglomération de la ville portuaire et empoisonné ses habitants. Selon des études épidémiologiques, la population tarentaise présente une surmortalité comprise entre 10% et 15%. Selon certains experts judiciaires, les émissions toxiques des hauts fourneaux d’Ilva auraient provoqué 7.500 décès entre 2004 et 2010.

nombreuses procédures pénales

Le sujet n’est pourtant pas neuf. Plusieurs procédures pénales ont abouti à des condamnations des dirigeants de l’usine en 2002, 2005 et 2007. Fin juillet 2012, une partie de l’usine est mise sous séquestre judiciaire, le propriétaire d’alors, Riva Acciaio Spa., étant accusé d’avoir ruiné l’environnement de Tarente. La Commission européenne avait fini par envoyer un avis motivé à l’Italie, en octobre 2014. Autant de décisions restées sans suite.

Sollicité par Rome, le groupe créé par Lakshmi Mittal avait accepté, en octobre 2018, de reprendre le site pollué (et ses 8.200 salariés), à condition de pouvoir produire 6 Mt d’acier par an et de bénéficier d’une protection pénale. Pas question d’être poursuivi pour les conséquences de pollutions générées par ses prédécesseurs.

2,4 milliards d'investissements

Cette dernière requête avait été vivement critiquée par certains parlementaires. A la demande du Mouvement Cinq étoiles (M5S), le Sénat italien a révoqué, la semaine passée, l’ «immunité pénale» accordée au groupe indo-britannique pour lui permettre de mettre l'usine aux normes environnementales.

Sans attendre, ArcelorMittal a mis fin au rachat de l’entreprise transalpine et à son projet d’injecter 2,4 milliards pour assainir son environnement, conformément à la décision de la Cour européen des droits de l’homme du 24 janvier dernier.

Dépassé, le gouvernement italien prévoit de convoquer les dirigeants d’ArcelorMittal. Il n’est pas certain que cela suffise pour les faire changer d’avis.