Ile-de-France: une biodiversité sous forte contrainte

Le 21 juin 2019 par Romain Loury
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Le retour du castor, rare bonne nouvelle.
Le retour du castor, rare bonne nouvelle.

 

Agriculture, urbanisation, réchauffement… la biodiversité francilienne est déstabilisée de toutes parts, révèle un état des lieux publié jeudi 20 juin par l’agence régionale de la biodiversité (ARB) d’Ile-de-France.

 

Comme le rappelait l’IPBES[i] dans son bilan mondial publié début mai, la biodiversité recule partout dans le monde. Dans certains lieux, un peu plus vite qu’ailleurs: c’est le cas de l’Ile-de-France, quand on la compare au reste du pays, confirme le Panorama de la biodiversité francilienne publiée par l’ARB Ile-de-France. Région la plus urbanisée de France (22% de son territoire, loin devant la deuxième, les Hauts-de-France, 10%), elle perd chaque année 588 hectares d’espaces agricoles et naturels –contre près de 2.700 hectares en 1987-1990.

Outre la bétonisation et la disparition des friches urbaines, la faute en revient aussi à l’agriculture intensive. Notamment à l’usage abondant de pesticides, et aux grandes parcelles de monoculture. On ne compte dans la région que 5 mètres linéaires de haies par hectare –alors que la densité optimale, pour les oiseaux agricoles, se situent à 70 mètres linéaires par hectare.

Quelques hausses, de nombreuses baisses

Malgré quelques bonnes nouvelles (retour du castor depuis 2016 le long de l’Essonne, reproduction du balbuzard pêcheur depuis 2005 dans les marais de Fontenay-le-Vicomte, retour de plusieurs poissons migrateurs comme les aloses et les lamproies, etc.), la tendance régionale est à la baisse.

En ville, les oiseaux spécialistes du bâti ont ainsi vu leurs effectifs fondre de 41% entre 2004 et 2017, voire jusqu’à -73% pour le moineau à Paris! D’autres espèces urbaines sont en déclin, comme le verdier d’Europe (-60% depuis 2004), l’étourneau sansonnet ou l’accenteur mouche, tandis que la pie bavarde a progressé de 27% dans le même temps.

La baisse est aussi prononcée chez les oiseaux spécialistes des milieux agricoles (-44% entre 2004 et 2017), dont -53% pour le bruant jaune, tandis que d’autres espèces, comme la fauvette grise et certains corvidés présentent une tendance stable, voire «légèrement positive». Les tendances sont moins nettes en forêt, où les effectifs d’oiseaux spécialistes ont reculé de 5%: le grimpereau des jardins a connu une hausse de 46%, tandis que le pouillot fitis a chuté de 73%.

30% des espèces végétales pourraient disparaître

Sur les environ 1.600 espèces de fougères et de plantes à fleurs recensées en Ile-de-France, 30% sont menacées d’extinction (en danger, vulnérables ou en danger critique) dans la région. Chez les oiseaux nicheurs, cette proportion monte même jusqu’à 39% d’espèces menacées d’une disparition régionale.

Chez les chauves-souris, on ne compte aucune disparition régionale à ce jour: toutefois, les effectifs ont chuté de plus de 90% en un siècle pour certaines d’entre elles, dont le petit rhinolophe, le grand rhinolophe et le murin à oreilles échancrées.

15% deS papillons ont déserté

Quant aux papillons diurnes, 15% des espèces historiquement présentes dans la région l’ont déjà désertée. Parmi les invertébrés, l’évolution est variable selon les familles d’insectes, «la plus grande chute se trouvant chez les moucherons et apparentés, qui constituent la source de nourriture de nombreux vertébrés, dont les chauves-souris, hirondelles et martinets, tous en déclin».

«Les entomologistes alertent depuis longtemps sur le cas des espèces associées aux rivières (notamment les éphémères, trichoptères et perles), dont la plupart des espèces les plus sensibles aux pollutions ont déjà disparu de la région», ajoute l’ARB.

Nouvelles espèces

Si plusieurs espèces, animales et végétales, disparaissent ou déclinent dans la région, plusieurs autres sont apparues, du fait d’une implantation par l’homme (volontaire ou non) ou du réchauffement. C’est ainsi que pour 90 plantes disparues depuis 1930, 78 sont apparues, en particulier originaires d’Amérique. Bilan: «la flore francilienne actuelle ne comporte que 88% de similitude avec celle de 1930», souligne l’ARB. Idem pour les oiseaux, avec 27 espèces apparues depuis 1900, contre 28 disparues.

Les effets du réchauffement climatique se font déjà largement sentir. Notamment sur la flore, dont les communautés végétales connaissent une transition vers les espèces mieux adaptées aux températures élevées. Chez les vertébrés, «des espèces [boréo-alpines] telles que la mésange boréale, la vipère péliade ou l’hermine, disparaissent progressivement de la région. À l’inverse, certaines espèces d’affinité méridionale font leur première apparition dans la région (la couleuvre verte-et-jaune) ou deviennent plus fréquentes (la pipistrelle de Kuhl)».



[i] Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques

 



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