«Il manque une agence de surveillance climatique de la planète»

Le 03 novembre 2011 par Sabine Casalonga
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A l’occasion de la conférence Open Science du programme de recherche mondial sur le climat (WCRP) qui s’est déroulée du 24 au 28 octobre à Denver (Etats-Unis), le climatologue et académicien français Hervé Le Treut, également membre du comité scientifique du WRCP et éditeur-relecteur du rapport du prochain rapport du GIEC, fait le point sur l’état de la science climatique.

Quelles questions se posent encore aujourd’hui les climatologues et quelles controverses demeurent ?

                     
Nous étions jusqu’à présent dans une phase d’alerte. La communauté scientifique a confirmé l’existence d’un vrai risque de changement climatique. La question qui lui est aujourd’hui posée est beaucoup plus difficile, relative à l’importance des effets et la nature des mesures à prendre. Nous entrons dans une nouvelle phase où une part importante de la recherche consiste à affiner les résultats, ce qui est moins « sexy » et plus difficile à financer, mais primordiale pour améliorer notre compréhension et éclairer davantage la décision politique. Par exemple pour attribuer les évènements extrêmes (tornades, sécheresses, inondations) au réchauffement (en novembre, le GIEC publiera un rapport à ce sujet). Les demandes de la société sont de fait croissantes, chaque institution ou région souhaitant obtenir une évaluation locale des effets du changement climatique. Or la science n’est pas toujours en mesure d’y répondre.
 
Quelles sont les nouveautés attendues dans le 5e rapport d’évaluation du GIEC à paraître en 2013 ?
 
A titre personnel, j’ai trois principales attentes. La question des incertitudes, d’abord, liée à la quantification de l’amplitude du réchauffement à venir. L’effet des nuages sur le climat est notamment déterminant car, selon les hypothèses, il peut faire contribuer à faire varier de 2°C environ la température globale attendue d’ici 2100 dans les scénarios du GIEC. Plusieurs travaux en cours d’analyse, motivés par la perspective du prochain rapport du GIEC et appuyés sur de nouvelles données d’observation ou de comparaison de modèles apporteront peut-être des premiers résultats.
 
Il apparaît ensuite nécessaire de passer de l’échelle globale à une échelle locale afin d’apporter une meilleure compréhension des aspects régionaux du changement climatique. De nombreux travaux sont en cours, à l’instar du programme Cordex (Coordinated Regional climate Downscaling Experiment) mais la faisabilité de ces approches est encore mal évaluée. Enfin, une meilleure compréhension de la complexité du système climatique (physique, chimique, biologique) est essentielle. Beaucoup d’articles sont en cours de rédaction et devraient être soumis au GIEC d’ici l’échéance de mi-2012.
  
Craignez-vous un impact négatif des crises budgétaires des Etats sur le financement de la recherche ?
 
Le contexte actuel pour la recherche climatique n’est pas idéal. Il manque à mon avis une agence de surveillance climatique de la planète, à l’image de l’organisation météorologique mondiale. Sous l’égide des Nations-Unies, le WCRP joue en partie ce rôle même si sa mission est davantage liée à la coordination des efforts de recherche. L’aspect financier se double donc d’un problème d’organisation. Il n’existe pas d’opérateur chargé d’assurer la continuité et la pérennité des données d’observation sur le climat. Ce besoin ressenti par beaucoup fera certainement parti des recommandations de la conférence du WCRP et du GIEC.
 
Quelle est votre sentiment sur la panne des négociations climatiques ?
 
Je suis un scientifique, je ne suis pas dans le secret des dieux et cela se joue à un haut niveau. A Copenhague, la déception était certainement liée à une attente très forte. Le débat lié au climato-scepticisme est à mon sens un faux débat qui a retardé les vrais débats sur les enjeux complexes. Il faut espérer que les grandes échéances de RIO+20 et de la fin du protocole Kyoto en 2012, susciteront de meilleurs résultats. Bien sûr le diagnostic scientifique conduit à définir des objectifs et les conditions politiques, en Europe comme en Chine ou aux Etats-Unis apportent leurs propres contraintes. Je pense toutefois qu’au delà d’outils comme la définition de quotas et de marchés carbone, la réduction des émissions anthropiques repose sur la mise en place de politiques à long terme (par exemple dans le domaine des transports et de l’urbanisme) qui peuvent aussi se développer à l’échelle locale ou régionale.
 
Il faut reconnaître que lorsque les scientifiques affirment qu’il est nécessaire de diminuer par deux les émissions de CO2, ils laissent aux politiques une perspective terrifiante et un problème colossal. Des arbitrages complexes doivent en outre être réalisés pour prendre en compte également la biodiversité ou la justice sociale.


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