«Il faut un engagement financier clair de l’Etat»

Le 27 novembre 2012 par Stéphanie Senet
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Le nouveau président de PNF veut sauver les Calanques
Le nouveau président de PNF veut sauver les Calanques

Elu le 20 novembre à la présidence des Parcs nationaux de France (PNF), Ferdy Louisy (1) revient pour le JDLE sur les dossiers brûlants du moment. Au programme: la grève des agents, le devenir des Calanques, les projets de charte et le désengagement de l’Etat…

Quelles sont vos priorités à court terme?

Il faut poursuivre le travail de fond engagé depuis 2006, c’est-à-dire la mutualisation des moyens mis à disposition des parcs. Nous devons aussi accentuer le rôle de tête de réseau de PNF en matière de représentation nationale, de défense des intérêts, et de coordination. Sur un plan plus politique, il est urgent de réaliser un lobbying collectif pour défendre le rôle des parcs.

Le désengagement de l’Etat est-il enclenché?

Je ne dirais pas cela. La ministre de l’écologie comme le président de la République ont fait de la protection de la biodiversité une priorité lors de la Conférence environnementale, notamment en annonçant la création de l’Agence nationale de la biodiversité. Le risque, c’est toutefois que notre tête de réseau soit absorbée par ce futur établissement. Nous demandons au contraire à être pleinement associés à ses activités, pour mettre en valeur le savoir-faire des parcs.

Les agents des parcs ont fait grève, le 25 novembre, pour dénoncer une baisse des moyens alors que les missions augmentent. Quelles solutions envisagez-vous?

Je rejoins entièrement leurs inquiétudes. Nous sommes à un tournant. On nous demande de réduire nos effectifs de 7,5% sur 3 ans et en même temps, nos missions augmentent avec l’adoption en cours des chartes, telles qu’elles sont prévues par la loi de 2006. Pour prendre l’exemple du parc national de Guadeloupe, que je connais bien, nous aurons 2 personnes en moins en 2013 et en même temps le territoire du parc va s’accroître de 600%! Il est devenu urgent de montrer à l’Etat que nous remplissons des missions écologiques mais aussi économiques. Les parcs sont sources d’emplois indirects, via les activités d’artisanat, d’écotourisme et de culture qui se développent autour d’eux. La Guadeloupe et Port-Cros l’ont déjà démontré. Il faut donc éviter à tout prix les restrictions d’effectifs en montrant qu’on peut lutter contre le changement climatique, participer à la transition écologique voulue par le gouvernement tout en créant des emplois.

Mais ces nouvelles activités créent des tensions sur le terrain. La protection de la biodiversité se heurte souvent à des intérêts économiques divergents…

Effectivement, les collectivités locales ont de plus en plus d’inquiétudes par rapport aux chartes. Elles sont légitimes. Les élus craignent que le Code de l’environnement tel qu’il s’applique en cœur de parc n’empiète sur leur pouvoir en matière d’aménagement du territoire et de développement économique. Mais ils confondent les règles en vigueur en cœur de parc, et celles qui sont appliquées dans les zones d’adhésion, qui sont très différentes. Cela dit, il n’y a peut-être pas eu assez de concertation autour de la réforme de 2006. En plus, la gouvernance des parcs nationaux est dominée par l’Etat. Mais même en Guadeloupe, où les représentants des collectivités sont majoritaires au conseil d’administration, on a rencontré beaucoup de réticences pour faire adhérer les communes. Pour les surmonter, nous avons misé sur les partenariats avec les associations et sur la sensibilisation de la population. C’est une politique d’ambassadeurs. Plutôt que d’imposer une charte, il faut développer en amont des conventions avec les acteurs, pour créer une maison de la mangrove, pour réaliser des cours d’éducation à l’environnement en milieu scolaire, mettre en place un atlas communal de la biodiversité, lutter contre la pêche illégale, lancer une opération de restauration écologique du littoral, etc.

L’adoption des chartes avance-t-elle?

La charte des Calanques a déjà été validée par le Conseil d’Etat. Celles des Pyrénées, des Ecrins et du Mercantour doivent être examinées dans le courant de la semaine.

Mais le parc des Calanques n’a toujours ni président ni moyens…

Comment sauver le parc des Calanques? C’est un travail que j’entends mener pour que cet établissement qui vient de naître ne meure pas. Il ne faut pas en faire un demi-parc, quitte à laisser de côté d’autres projets comme le parc Champagne-Bourgogne ou le parc de zone humide. La survie des Calanques et l’adoption des chartes avant les prochaines élections municipales de 2014 sont des priorités absolues. Il faut enfin un engagement financier clair de l’Etat car nos contrats d’objectifs n’ont plus d’annexes financières et notre budget a été réduit de 70 à 68 millions d’euros pour 2013.

(1) Ferdy Louisy est aussi maire PS de Goyave, président de la commission Environnement et énergie du conseil général de Guadeloupe et président du conseil d’administration du parc national de Guadeloupe.



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