Il faut sauver la croissance verte

Le 04 avril 2011 par Célia Fontaine
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Les investisseurs sont peu incités à financer des projets à long terme.
Les investisseurs sont peu incités à financer des projets à long terme.

Le financement de la croissance verte a besoin d’un nouveau souffle. Il faut notamment inventer des dispositifs financiers de partage des risques permettant de mieux combiner financements privés et publics, et diriger l’épargne sur des produit de long terme. C’est ce que recommande en substance le rapport du Conseil économique pour le développement durable (Cedd) remis aujourd’hui 4 avril à la ministre en charge de l’écologie.

«Le Grenelle a été la matrice de la mise en œuvre de la croissance verte», a rappelé Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), la ministre en charge de l’écologie, à l’occasion de la remise du dernier rapport du Cedd consacré à la question. En effet, plusieurs plans de relance ont été mis en œuvre en 2007 et se poursuivent actuellement. L’Etat a par exemple engagé 10 milliards d’euros pour le développement durable dans le cadre du programme d’investissement d’avenir. Des investissements ont été prévus dans le secteur de la recherche et de l’innovation, afin notamment d’économiser de l’énergie et de réduire les émissions de carbone.
 
Mais après le passage de la crise financière, au vu de la dégradation des finances publiques et «parce qu’il est toujours difficile de maintenir au niveau souhaitable la conscience des enjeux de long terme», l’opportunité de faire du développement durable le vecteur d’une nouvelle croissance est aujourd’hui compromise, selon les auteurs de l’étude.[1]
 
Les investisseurs, en effet, ressentent une aversion pour le risque plus qu’auparavant. Or les investissements sur les technologies propres, les énergies renouvelables, les transports durables, ou encore le logement moins consommateur d’énergie, sont des investissements à très long terme qui ne produisent des bénéfices qu’après un certain temps.
 
C’est pourquoi «il faut que le durable, au sens de la durée, revienne à la mode. Le jetable, dans la consommation, comme dans le financement, c’est ringard», a martelé NKM au cours de la conférence du 4 avril.
 
Reste donc la question du financement du développement durable, au-delà de l’amorçage du Grenelle et du grand emprunt.
 
Il faut tout d’abord mobiliser le secteur privé. «Les industriels répondent présents avec de nombreux projets: de produits économes en ressources d’efficacité énergétique, de réduction des GES, dans les énergies renouvelables…», constate le rapport. Mais ceux-ci ne prendront vraiment leur essor «que si un signal-prix approprié, établi dans la durée par les régulations publiques, en favorise la rentabilité privée» et «si les conditions pour attirer les investisseurs sur des projets longs et risqués sont propices».
 
Par «signal-prix», il faut entendre l’instauration d’un prix écologique qui incitera le consommateur à acheter des produits ayant le plus faible impact sur l’environnement. Les adorateurs de la taxe carbone en seront pour leurs frais. Ce «prix écologique» doit être aussi intégré dans le calcul de la rentabilité des investissements.
 
Mais il faut prendre en compte le fait que «les marchés sont aujourd’hui incomplets», souligne Alain Quinet, un des auteurs du rapport et inspecteur général des finances.
 
Ce pourquoi il faut également un meilleur partage des risques entre public et privé. Ce partage peut prendre plusieurs formes: par exemple la couverture partielle de l’Etat du risque «projet» dans le cadre de contrats de partenariat pour les grands projets d’infrastructures, la mutualisation du risque de projets par des co-investissements en fonds propres pour le développement de l’innovation, ou encore des garanties accordées par l’Etat aux emprunts pour apporter des fonds propres et des prêts à long terme aux entreprises en phase de démarrage.
 
Mais ce n’est pas tout. Christian Gollier (Toulouse School of Economics) revient sur les investissements qui ont des vertus extra-financières: l’investissement socialement responsable (ISR). «Les citoyens peuvent se mobiliser un peu plus en tant qu’épargnants», rappelle-t-il.
 
La démarche ISR consiste à choisir d’investir dans des entreprises qui prennent en compte dans leur modèle de développement des notions non uniquement financières mais de nature sociale et environnementale. Elle permet donc aux actionnaires de devenir des investisseurs responsables du développement durable.
 
 «Ces fonds existent depuis des années, mais ils ne sont pas efficaces car il est difficile d’évaluer les performances extra-financières des entreprises», reconnait Christian Gollier. Selon un rapport publié en septembre 2010 par les Amis de la terre, l’ISR s’est développé de façon désordonnée, et il y aurait un grand écart entre la promesse des intitulés et la réalité des faits, puisque certains fonds seraient investis dans des entreprises multinationales ayant des pratiques sociales et environnementales «désastreuses» (dans le JDLE).
 
Le rapport remis aujourd’hui suggère cependant d’accroître l’ISR, mais avec des instruments d’évaluation de meilleure qualité: «pour rendre plus crédibles les agences de notation, il faut que les fonds soient expliqués plus clairement, et qu’elles bénéficient d’une méthodologie fondée sur l’explicitation des valeurs associées aux dimensions extra-financières des projets» ajoute Christian Gollier.
 
Enfin, l’Etat doit garder son rôle de régulateur dans le financement de la croissance verte. «Il a intérêt à privilégier les régulations de marché fondées sur un signal-prix commun (éco-taxes ou marchés de permis), qui permettent de coordonner efficacement les choix des acteurs», explique Dominique Bureau, un des auteurs du rapport. En d’autres termes, l’ajustement budgétaire doit préserver les dépenses d’avenir.


[1] Richard Baron, Alain Quinet, Didier Janci, Christian Gollier, Dominique Bureau, Christian de Perthuis, Boris Solier, Patricia Crifo, Henri Lamotte, Marie-Laure Guillerminet, Timothée Ollivier, Xavier Bonnet, Renaud Crassous, et Philippe Rosier.


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