«Il faut protéger les experts de toute pression»

Le 27 octobre 2016 par Marine Jobert
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Le glyphosate, premier pesticide du monde, gros enjeux.
Le glyphosate, premier pesticide du monde, gros enjeux.
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Après le tabac, l’amiante et le changement climatique, la bataille du glyphosate semble donner lieu au même déchaînement, de la part des industriels, contre les scientifiques qui les gênent. Dernier épisode en date: par voie de justice, une organisation aux accointances douteuses a obtenu outre-Atlantique que les chercheurs américains ayant participé à la rédaction de l’avis du Centre international de recherche contre le cancer (Circ) rendent publics les documents sur lesquels ils se sont basés pour établir la monographie dédiée au Round Up. L’institution s’y refuse. Entretien avec Dana Loomis, chef adjoint du programme des monographies du Circ.

JDLE - Est-ce courant, aux Etats-Unis, que des scientifiques soient ainsi sommés de dévoiler de tels documents?

Dana Loomis - Oui, ce type de démarche est courant aux Etats-Unis. Les avocats, les ONG et l’industrie ont souvent recours à cette réglementation permettant d’accéder aux archives publiques pour obtenir des documents de la part des agences gouvernementales américaines. Les organisations qui ont un intérêt dans les règlementations gouvernementales, comme c’est le cas de The Energy & Environment Legal Institute [à l’origine de la décision de justice], ont obtenu grâce à ces lois communication de certains documents en lien avec l’évaluation par le Circ du glyphosate. Ces demandes d’accès aux documents ont été adressées à tous les membres du comité d’experts du Circ qui évaluaient le glyphosate et qui sont, par ?? employés par des agences gouvernementales ou des universités publiques aux Etats-Unis. Elles portaient sur la communication de documents de travail et des courriels en lien avec le Circ ou avec le glyphosate. C’est important de comprendre que le transfert de ces documents n’est, en l’espèce, pas exigé ou autorisé par les juridictions américaines. La responsabilité de décider quels documents il serait pertinent de rendre publics appartient plutôt aux institutions dont sont issus ces scientifiques et ce serait alors à elles de fournir copie des documents demandées par ces organisations.

 

JDLE - Pourquoi estimez-vous que ces documents doivent rester à l'abri des regards extérieurs?

Dana Loomis - Les documents en lien avec les monographies du Circ sont tenus confidentiels pour garder les comités d’experts d’interférences extérieures qui pourraient entraver un débat libre et ouvert; et aussi pour protéger chacun de leurs membres de toute pression. C’est ce qu’édicte le règlement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et c’est dans la droite ligne de ce que préconise le département de la justice américain sur les documents de travail utilisés dans les délibérations scientifiques.

 

JDLE - L'EPA est aussi dans la tourmente. Quelle est la nature de sa participation au processus d'élaboration de la monographie consacrée au Round Up?

Dana Loomis - Deux scientifiques de l’EPA[1] étaient membres du groupe de travail qui a évalué la carcinogénèse du glyphosate et de 4 autres pesticides. En application d’une procédure standard, ils participaient à cette évaluation à titre individuel, et non pas comme représentants de l’EPA. Un autre membre de l’EPA a aussi assisté à l’évaluation, mais comme représentant officiel de l’agence. A ce titre, il a pu observer le processus, mais n’a pas contribué à l’évaluation.

 

JDLE - Comment recevez-vous les campagnes de disqualification qui visent aujourd’hui le Circ?

Dana Loomis - En tant que scientifiques, nous sommes au fait de l’existence d’une longue série de campagnes visant à discréditer la science et les scientifiques. Les exemples les plus célèbres sont à chercher du côté du tabac, de l’amiante et du changement climatique.

 

 



[1] EPA: l’agence environnementale américaine

 



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