Hypospadias: le poids écrasant de l’environnement

Le 08 juin 2015 par Romain Loury
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Charles Sultan
Charles Sultan
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Le lien entre malformations génitales du garçon et perturbateurs endocriniens ne fait plus guère de doute. Corollaire: certaines d’entre elles, les hypospadias, sont plus fréquentes lorsque les parents exercent une profession à risque, ou lorsqu’ils résident à proximité de sites sensibles, révèle une étude montpelliéraine.

«Préoccupation majeure de santé publique» selon Charles Sultan, chef du service d’endocrinologie pédiatrique au CHU de Montpellier, les hypospadias se caractérisent par un défaut de fermeture de l’urètre, canal urinaire situé au niveau de la verge. Nécessitant une opération chirurgicale, cette affection, liée à une masculinisation insuffisante de l’appareil génital du petit garçon, serait en hausse de 1,2% en France chaque année.

Si le lien avec les perturbateurs endocriniens a fait l’objet de plusieurs études, il demeurait un doute du fait de l’existence de facteurs génétiques, prédisposant à la maladie au sein d’une même famille. Un écueil contourné par l’équipe de Charles Sultan, dont l’étude, publiée par la revue European Urology, a écarté les cas génétiques.

Au final, 300 jeunes garçons atteints ont été comparés à 302 contrôles. D’après les professions exercées par les parents, le risque d’hypospadias est 3,13 fois plus élevé lorsque le métier expose aux perturbateurs endocriniens, notamment ceux présents dans les peintures et solvants, les détergents et les pesticides.

Nettoyage, coiffeuses, esthéticiennes

Du côté des mères, ce sont celles exerçant des activités de nettoyage et de ménage qui sont les plus à risque d’enfanter d’un garçon atteint d’hypospadias, suivies des coiffeuses, des esthéticiennes et de celles travaillant en laboratoire. Selon les chercheurs, l’exposition serait particulièrement problématique lorsqu’elle intervient en début de grossesse, durant la fenêtre d’exposition au cours de laquelle se développe le système génital.

La profession du père est aussi associée à un risque accru, en premier lieu chez les agriculteurs. Comment expliquer ce lien paternel avec une maladie liée au développement in utero? Interrogé par le JDLE, Charles Sultan l’explique par la «transmission épigénétique», celle impliquant des modifications chimiques de l’ADN présent dans les spermatozoïdes, et non les gènes eux-mêmes.

Les chercheurs notent aussi une nette augmentation du risque chez les personnes résidant à moins de 3 km d’une zone industrielle, d’un incinérateur, d’une décharge ou d’une zone d’agriculture intensive. En combinant ce facteur environnemental à l’activité professionnelle, le risque pourrait être accru de 11 fois!

Le syndrome dysgénésique en hausse

Pourtant, l’hypospadias ne serait que la «partie émergée de l’iceberg», celui que l’on appelle syndrome dysgénésique, et qui comprend aussi micropénis et cryptorchidies chez le jeune garçon, cancer du testicule et stérilité chez l’homme adulte -toutes des manifestations à la hausse. «Nous sommes face  à un véritable catastrophe sanitaire», prévient Charles Sultan.

Spécialiste de l’étude des perturbateurs endocriniens, l’endocrinologue mène actuellement une étude que l’on pourrait qualifier de pendant féminin à celle-ci. Mené sur les pubertés précoces chez les jeunes filles, ce travail, probablement publié «à la rentrée», pourrait montrer «un impact encore plus grave», affirme Charles Sultan.



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