Hyperactivité: le paracétamol in utero mis en cause

Le 05 mars 2014 par Romain Loury
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Attention au paracétamol pendant la grossesse
Attention au paracétamol pendant la grossesse

Prendre régulièrement du paracétamol pendant la grossesse pourrait entraîner des troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) chez l’enfant, selon une grande étude publiée dans la revue Jama Pediatrics.

Avec l’autisme, le TDAH fait partie des troubles du comportement les plus courants chez l’enfant. Pour l’une comme pour l’autre de ces maladies, les causes semblent complexes, avec des facteurs aussi bien génétiques qu’environnementaux. Parmi ces derniers, les perturbateurs endocriniens –dont le fameux bisphénol A-, le développement du cerveau étant en effet sous influence hormonale.

Or voici le paracétamol à son tour mis en cause. Ce médicament étant souvent considéré comme aussi inoffensif que les troubles auxquels il est censé remédier, l’hypothèse a de quoi inquiéter. D’un point de vue biologique, elle semble plausible: selon une étude française publiée début 2013, le paracétamol, tout comme l’aspirine, inhiberait la production de testostérone (voir le JDLE). Ce qui, par définition, en fait un perturbateur endocrinien.

L’idée vient de prendre un peu plus d’épaisseur grâce à l’étude menée par Zeyan Liew, de la Fielding School of Public Health de Los Angeles, et ses collègues, sur 64.322 enfants danois nés entre 1996 et 2002. Enrôlées dans la cohorte DNBC (Danish National Birth Cohort), leurs mères ont subi tout au long de leur grossesse un questionnaire très complet, portant notamment sur les médicaments pris.

Sans surprise, c’est l’exposition cumulée, et non le fait d’avoir pris une fois du paracétamol, qui pourrait poser problème: le risque pour un enfant de présenter des troubles de type TDAH à l’âge de 7 ans est ainsi accru de 24% chez les femmes ayant pris du paracétamol pendant les trois trimestres de la grossesse. De même, il augmente de 46% lorsque la mère reconnaissait en avoir consommé pendant au moins 20 semaines.

Comme toute étude épidémiologique, celle-ci ne permet en rien de dire si l’association statistique révèle une relation de cause à effet, ou un simple concours de circonstances. Les résultats semblent cependant très solides, non seulement du fait de la taille importante de l’étude, mais également par la prise en compte de nombreux facteurs de confusion potentiels.

Par exemple, l’association demeure après prise en compte de l’état de santé de la mère pendant la grossesse. Notamment la survenue de maladies inflammatoires, d’infections ou de troubles psychologiques: autant de symptômes qui favorisent la prise de paracétamol, mais pourraient aussi expliquer un risque de TDAH chez l’enfant. Si les chercheurs semblent écarter ce biais, d’autres travaux seront nécessaires afin de confirmer leurs résultats.

 

Un lien observé au sein de fratries

Publiée en octobre 2013, une étude similaire, portant sur une population norvégienne, suggère aussi une association entre paracétamol et TDAH. Son point fort réside dans le fait qu’elle a comparé des enfants issus d’une même fratrie, avec environ 3.000 couples analysés. Bilan: les enfants exposés plus de 28 jours au paracétamol présentaient bien des altérations au niveau du comportement et de la motricité, comparés à leurs frères et sœurs «contrôles».

Selon les chercheurs de la nouvelle étude, «le paracétamol traverse la barrière placentaire, et de récents travaux suggèrent que son usage par la mère accroît le risque de cryptorchidie [testicules non descendus] en raison de ses effets perturbateurs endocriniens. (…) Il est possible qu’il interrompe le développement du cerveau en interférant avec les hormones maternelles ou par effet neurotoxique, en induisant un stress oxydatif entraînant la mort de neurones».

Les auteurs vont encore plus loin, avançant que, s’il était confirmé, cet effet du paracétamol, médicament commercialisé depuis les années 1950, pourrait en partie expliquer la hausse d’incidence du TDAH. Selon les centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), le taux d’enfants diagnostiqués hyperactifs aux Etats-Unis est passé de 7,8% en 2003 à 11% en 2011.

 



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