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Hype veut développer les taxis franciliens à hydrogène

Le 21 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les taxis Hype carburent à l'hydrogène.
Les taxis Hype carburent à l'hydrogène.
VLDT

La compagnie parisienne veut constituer la plus importante flotte de véhicules à pile à combustible. Elle s’allie pour ce faire à Air Liquide, Index et Toyota.

 

Les Parisiens s’y habituent peu à peu. Depuis 2015, les rues de la capitale et de sa banlieue sont sillonnées de gros taxis bleus clairs siglés Hype. Leur singularité n’est pas chromatique mais énergétique. Ces 100 véhicules, Hyundai et Toyota, sont des berlines électriques à pile à combustible dont le carburant est de l’hydrogène sous pression. Pour le chauffeur, pas de différence avec une voiture électrique classique. Si ce n’est que le plein se fait en quelques minutes, contre 8 heures pour un véhicule à batteries.

Fatigués de respirer un air malsain, les Franciliens peuvent se réjouir. Pour produire l’électricité nécessaire à l’entraînement du moteur, la pile à combustible a besoin de l’oxygène de l’air et d’hydrogène. Leur réaction au sein de la pile produit de l’électricité et de l’eau, seul effluent rejeté par le pot d’échappement.

taxis bleus

Créée à l’occasion de la COP 21, Hype, la société aux taxis bleus, veut grandir et imposer son modèle. Comme il avait profité du sommet climatique de 2015, Mathieu Gardies veut rebondir sur les contraintes environnementales que s’impose Paris: fin du diesel en 2024 et de l’essence en 2030. Pour Hype, c’est l’occasion de sortir de sa niche (sa flotte représente 0,5% de celle des taxis parisiens) pour devenir le leader du taxi électrique.

Le Sénat va carburer à l’hydrogène. Dans la soirée du 20 février, la Chambre haute a longuement débattu des bienfaits du vecteur énergétique hydrogène. Premier résultat: la création d’un groupe de travail, lequel ne devrait pas tarder à commander un rapport.

Une ambition difficile à réaliser. Les véhicules sont rares et chers. Pour le moment, seuls 4 constructeurs (Toyota, Hyundai, Honda et Daimler) produisent moins de 10.000 voitures ‘à hydrogène’ chaque année. A des coûts inaccessibles à l’artisan taxi: entre 60 et 70.000 euros pièce. Autre écueil: le manque de station-service livrant le précieux hydrogène. La région Ile-de-France en compte seulement trois.

500 voitures en deux ans

On le comprend: pour développer une flotte captive de taxis à l’hydrogène, il faut des voitures accessibles[1], des stations, des aides publiques. C’est cet attelage qu’a présenté, ce jeudi 21 février, Mathieu Gardies. Avec Air Liquide, Index et Toyota, Hype accélère. Les 4 partenaires fondent HysetCo, co-entreprise chargée de concevoir l’éco-système du taxi à pile à combustible.

A Toyota, la charge de livrer, en deux ans, 500 Mirai électriques, une berline qui n’est fabriquée qu’à 3.500 exemplaires par an dans le monde. Air Liquide fournira les tonnes d’hydrogène à la douzaine de stations-services qu’HysetCo devra rapidement inaugurer. Entreprise de services énergétiques, Idex se chargera d’en optimiser le fonctionnement. Premier objectif: que 600 taxis électriques circulent d’ici 2021 dans la région capitale. Second objectif: distiller le virus de l’hydrogène aux autres compagnies franciliennes de taxis. «Nous sommes une entreprise ouverte, nous sommes ouverts à d’autres partenaires», assure Mathieu Gardies.

quel bilan carbone?

Dans l’immédiat, ce ne sera pas des conducteurs de taxi. Même si sa sécurité d’approvisionnement en hydrogène et en véhicules est assurée, l’argent manque encore. La construction du système du taxi à pile coûte au bas mot 100 M€, qu’il faudra bien lever auprès d’un ou de plusieurs financiers. Autre écueil: la place. «Une station à hydrogène nécessite 2.000 à 3.000 mètres carrés de surface. Ce qui n’est pas simple à trouver en Ile-de-France où la place est chère», constate Pierre-Etienne Franc, directeur de l’activité hydrogène d’Air Liquide.

Bon pour l’atmosphère et la qualité de sommeil des Parisiens (le véhicule électrique est très peu bruyant), le ‘taxi à pile’ est-il bon pour le climat? Faute d’analyse de cycle de vie complète, on ne peut s’intéresser qu’au carburant. Pour le moment, l’hydrogène est produit à partir du gaz naturel. Grâce à sa technologie de captage cryogénique de CO2, Cryocap, déployée dans la raffinerie de Port-Saint-Jérôme (Seine-Maritime), Air Liquide promet un hydrogène décarboné à 50% à l’horizon 2020. On pourrait faire mieux encore. La société parisienne H2V Industry prévoit de mettre en service en 2021 sa première unité de production d’hydrogène, alimentée par de l’électricité d’origine renouvelable. Un hydrogène véritablement vert. Un timing cohérent avec l’arrivée des 500 Mirai.

 



[1] Hype peut compter sur 20.000 euros d’aides publiques par véhicules à hydrogène acheté.

 



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