Hydrolien: Naval Energie s’explique

Le 27 juillet 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Laurent Schneider-Maunoury, l'hydrolien ne sera pas compétitif avant longtemps.
Pour Laurent Schneider-Maunoury, l'hydrolien ne sera pas compétitif avant longtemps.
Naval Group

Concurrencé par l’éolien et le photovoltaïque, l’hydrolien est incapable de produire à coût raisonnable avant longtemps. Nécessité économique fait donc loi de se tourner vers d’autres technologies marines renouvelables, affirme, en exclusivité pour le JDLE, Laurent Schneider-Maunoury, PDG de Naval Energies. 

 

Le tonnerre de Brest a retenti dans le ciel de l’hydrolien, ce jeudi 26 juillet. A la surprise générale, Naval Energie annonçait l’arrêt de ses investissements «dans le domaine des hydroliennes». La décision avait de quoi étonner. Quelques heures auparavant, sa filiale irlandaise OpenHydro se félicitait de la mise à l’eau pour essai d’une nouvelle machine de 2 mégawatts (MW) dans la baie de Fundy (Canada). Hasard du calendrier: le même jour, la Commission européenne donnait son feu vert au soutien public au projet de ferme hydrolienne du Raz Blanchard, porté par EDF EN et OpenHydro.

Trois fois plus cher

Enfin, le couperet est tombé quelques semaines, à peine, après l’inauguration de l’usine d’assemblage d’hydroliennes de Cherbourg. Alors que tous les voyants semblaient se mettre au vert, Naval Energies a jeté l’éponge.

La raison principale, comme souvent, est économique. «Depuis deux ans, les coûts de l’éolien et du photovoltaïque ont considérablement chuté, rappelle Laurent Schneider-Maunoury. Au mieux, après avoir construit et mis en service 500 machines, l’hydrolien peut espérer produire de l’électricité à 150 euros le mégawattheure (€/MWh): trois fois plus cher que l’éolien et le solaire d’aujourd’hui.[1]»

Comme tout expérimentateur, Naval Energies a espéré des coups de pouce. Il y en a eu. En 2014, l’Ademe attribue 51 millions d’euros d’aides aux projets portés par EDF et DCNS (Normandie) et par Engie et General Electric (Nephtyd). Le tarif d’achat est fixé à 173 €/MWh.

GE a jeté l'éponge

L’actuelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoyant, à l’horizon 2023, plusieurs centaine de MW d’énergies renouvelables marines (hors éolien posé), les industriels attendent aussi un appel d’offres. Il ne viendra pas. «Nous avons essayé de convaincre les gouvernements qu’ils avaient là une énergie renouvelable, prédictible, à la ressource infinie et créatrice de valeur locale. Hélas, quand, du Royaume-Uni, au Canada, en passant par le Japon, les Philippines ou la France, la réponse gouvernementale est non, cela signifie qu’il n’y a pas de marché», poursuit le PDG de Naval Energies. La cessation d’activité était donc inéluctable. Une décision déjà prise en janvier 2017 par General Electric, fournisseur d’Engie.

Data centers?

Quelle suite donner à l’aventure? La filiale énergie de l’ex-DCNS réfléchit au devenir de son usine cherbourgeoise et de ses salariés. «Nous pourrions peut-être y assembler nos futurs data-centers sous-marins ou les échangeurs de chaleur de nos systèmes d’énergie thermique des mers», imagine Laurent Schneider-Maunoury.

ou échangeurs de chaleur?

Ballottée par les flots conjoncturels, Naval Energies flotte toujours. La compagnie compte capitaliser sur ses prototypes réunionnais et martiniquais pour s’attaquer au marché (embryonnaire) de l’énergie thermique des mers. Des solutions couplant production d’électricité et froid ou électricité et nutriments pour l’aquaculture pourraient prochainement être mises sur le marché.

l'espoir du flottant

Partenaire du projet Eolfi, Naval Energies fournit le flotteur des éoliennes flottantes qui seront mises à l’eau, en 2021, au large des îles de Belle-Ile et de Groix. «Nous produisons l’un des seuls flotteurs capables de supporter des turbines de grande puissance dans une mer difficile comme l’Atlantique Nord. Une situation représentative de ce que sera l’essentiel du marché mondial de l’éolien flottant», avance Laurent Schneider-Maunoury. En attendant, Naval Energies espère que la prochaine PPE donnera les dates et les capacités des appels d’offres pour l’éolien flottant. Rendez-vous dans les derniers jours de l’année.



[1] Au Canada, l’hydrolienne de l’un des concurrents de Naval Energies n’a pas réussi à baisser son coût de production en deçà de 370 €/MWh.

 



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