Hydrogène: il faut mettre les gaz

Le 04 avril 2018 par Marine Jobert
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Unités de production d'hydrogène.
Unités de production d'hydrogène.
E.ON

Pour des transports, une industrie, un secteur tertiaire ou un stockage des énergies renouvelables compatibles en 2050 avec les engagements climatiques mondiaux, il est urgent d’accélérer les investissements pour rendre la filière Hydrogène plus mature, alertent les professionnels à l’occasion du salon HyVolution.

«Le moment est venu de changer d’échelle.» Alors qu’un plan national Hydrogène est en cours d’élaboration, les industriels qui planchent sur le sujet trépigneraient-ils? Dans une étude prospective réalisée par le cabinet McKinsey sur la contribution de l’hydrogène à la décarbonation de la société, la centaine d’adhérents de l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustible (Afhypac)[1] tablent sur un scénario où l’hydrogène ‘verte’ (c’est-à-dire fabriquée par électrolyse de l'eau à partir d'énergies renouvelables -ENR) pourrait représenter 20% de la demande d’énergie en France et alimenter 18% du parc de véhicules en 2050. Avec à la clé une réduction des émissions de CO2 de 55 millions de tonnes, soit près d’un tiers de la réduction nécessaire par rapport au scénario de référence de l’Accord de Paris. Des atouts qui ne manqueront pas de nourrir les contributions versées au débat en cours sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

18% du parc des véhicules

De 10.000 en 2023, le nombre de véhicules roulant à l’hydrogène pourrait passer à près de 200.000, alimentés par 400 stations de recharge. En 2050, cette énergie pourrait alimenter 18% du parc des véhicules passagers et fret, un bus sur 4, un camion sur 5, et répondre à 12% de la demande de chauffage et d’électricité des ménages (pur ou sous forme de gaz de synthèse). L’industrie y trouverait également son compte, avec des perspectives de conversion de 300.000 t de CO2 en méthanol et autres produits chimiques via cet hydrogène décarboné. «En 2050, l’hydrogène représentera 10% de la demande d’énergie de l’industrie», assure McKinsey. Actuellement, l’industrie a recours à plus de 900.000 t d’hydrogène par an, produit à partir de combustibles fossiles (soit 7,5% des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie française), rappelle l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans un avis sur l’hydrogène qu’elle vient d’actualiser.

Autoconsommation

Last but not least, dans un monde converti aux ENR, l’hydrogène pourrait permettre en 2050 de stocker 35 térawattheures (TWh) de ces énergies intermittentes, soit 8% de la production globale d’énergie. Il offre de nouvelles perspectives pour l’autoconsommation à l’échelle d’un bâtiment, d’un ilot ou d’un village, estime l’Ademe, en jouant sur la complémentarité entre un stockage court terme (batteries) et une chaîne hydrogène qui assure un stockage sur plusieurs jours, semaines ou mois. «La pertinence économique de cette solution commence à être réelle pour certains sites non interconnectés au réseau électrique continental, dans les collectivités d’Outre-mer par exemple», détaille l’agence.

8 Md€ d’investissements d’ici 2028

Mais pour que toutes ces projections se réalisent, pressent les professionnels, il faut sortir le chéquier. Combien? Pas moins de 8 milliards d’euros d’investissements d’ici 2028 dans les équipements, l’infrastructure, la mise à l’échelle des moyens de production et la R&D. «L’industrie française est bien positionnée pour être compétitive sur les marchés internationaux et elle est prête à réaliser les investissements nécessaires», estime le cabinet, qui ne précise pas exactement de quelles poches devrait sortir l’équivalent de 2,5% de l’investissement global de la France dans la décarbonation (soit 800 M€ par an). L’Etat français devra faire le premier pas pour séduire des industriels qui se disent prêts à tripler leurs investissements «si les conditions sont remplies».



[1] Composée de grands groupes industriels, de PME-PMI, de start-up, de centres de recherche et laboratoires, de syndicats d’énergie, de collectivités territoriales et associations, elle compte dans ses rangs des entreprises comme Air Liquide, Alstom, SNCF, Total, EDF, Engie, Toyota, Michelin, CEA, Hyundaï, Faurecia, Plastric Omnium.

 



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