Hydroélectricité: EDF achève son plus gros chantier de France

Le 23 mai 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'une des cavernes creusées par EDF dans le massif de Belledone.
L'une des cavernes creusées par EDF dans le massif de Belledone.
VLDT

Dans la vallée alpine de la Romanche, l’énergéticien achève la construction d’une centrale hydroélectrique souterraine. Un ouvrage unique en France. Reportage.

Lilorosa vient de redémarrer. Dans un fracas aussi assourdissant que celui d’un avion de chasse au décollage, sa roue de coupe attaque le gneiss. Chaque heure, ce monstre de 200 mètres de long et de 4,74 m de diamètre, affichant ses 630 tonnes sur la balance, progresse de 60 cm, rejetant derrière elle une dizaine de mètres cubes de pierres, de boue et d’eau: le marinage. Lilorosa est un tunnelier. Depuis 2014, l’engin, aidé de son jumeau Rosali, perce le massif de Belledone (Isère).

 

Sous l’Alpe d’Huez

A plusieurs centaines de mètres sous les pistes de la station de l’Alpe d’Huez, Lilorosa fore l’un des plus longs tunnels de France: «aussi long que celui du Mont Blanc», rappelle Daniel Pierra, chef d’aménagement pour EDF du projet Romanche-Gavet. A plus de 5 km en amont, barrant la Romanche, s’élève déjà le barrage de Livet. Livré au début de l’année, l’ouvrage est encore en phase d’essai. Mais déjà truites et chabots visitent sa passe à poissons. Le Livet ne produira pas un seul kilowattheure (kWh). Une fois fermées, ses portes étanches dirigeront 90% du débit de la Romanche vers la galerie souterraine en cours de creusement.

 

Deux cavernes dans la montagne

Après avoir parcouru une dizaine de kilomètres dans la montagne, ces 40 m3/seconde d’eau[1] actionneront deux turbines Francis installées dans un antre de 30.000 m3, lui aussi creusé dans la roche. Les transformateurs, le poste haute tension seront installés à proximité, dans la ‘caverne transformateurs’, de 10.000 m3 seulement. Une fois les travaux achevés, cette centrale hydroélectrique de 92 mégawatts (MW) produira 560 gigawattheures (GWh) par an, «l’équivalent de 1% de la production française d’EDF», précise Yves Giraud, le directeur de la production hydraulique de l’énergéticien.

 

Un projet conçu dans les années 1990

S’il contribue aux objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie[2] (PPE), l’ensemble hydroélectrique de Romanche-Gavet a été conçu bien avant que les jalons de la loi sur la transition énergétique soient posés. «Les premières reconnaissances ont eu lieu dans les années 1990», confirme Daniel Pierra. Le choix du souterrain peut surprendre. Voilà plus d’un siècle que l’on exploite la force motrice de la Romanche. Entre la sortie de la plaine de Bourg d'Oisans et la commune de Vizille, à une trentaine de kilomètres de Grenoble, EDF a repris l’exploitation de 6 centrales hydroélectriques et de 5 petits barrages. Ensemble, les centrales de Livet, des Vernes, des Roberts, de Rioupéroux, des Clavaux et de Pierre-Eybesse affichent une puissance de 82 MW et injectent, bon an, mal an, 405 GWh/an: de quoi satisfaire aux besoins électriques des Grenoblois.

 

Monument historique

En 2020, leurs turbines auront cesser de fonctionner. La centrale de Romanche-Gavet prendra alors le relais. Dotée de turbines plus puissantes et surtout d’une chute d’eau plus importante que les installations existantes, la future centrale d’EDF produira un tiers d’électricité de plus que les 11 ouvrages ‘historiques’. Tous sont d’ailleurs voués à la destruction, à l’exception de la superbe centrale des Vernes, classée aux Monuments historiques et construites par des prisonniers allemands.

 

Retards. Le plus grand chantier d’EDF en France a connu quelques retards à l’allumage. En 2013, des pluies torrentielles provoquent d’importants éboulements au point de départ du percement des tunnels. Les travaux seront stoppés deux ans, occasionnant 30 mois de retard par rapport au calendrier initial.

250 millions de travaux

Mais l’électricien n’a pas investi 250 millions d’euros simplement pour produire un peu plus d’électricité verte. Le projet a été engagé à la fin des années 2000, période durant laquelle la Commission européenne exerce une pression croissante sur la France pour qu’elle ouvre à la concurrence les concessions des centrales hydroélectriques. Considéré comme un nouvel ouvrage (et non comme la modernisation d’un ensemble existant), l’ensemble hydroélectrique Romanche-Gavet est autorisé par un décret du 31 décembre 2010, qui octroie une concession à EDF pour 60 ans. La vallée est protégée jusqu’en 2080 des appétits d’Engie, du Vattenfall ou de Statkraft.

Ce vaste chantier permet aussi de requalifier une vallée saccagée par un siècle d’industrialisation. Les friches devraient être effacées du paysage. De son côté, EDF devra mener des opérations de compensation de destruction d’espaces naturels. Après avoir réhabilité 26 hectares de rives, endommagées lors de la construction du barrage d’amenée, EDF devra planter et préserver 57 ha. La gestion de ces parcelles a été confiée au conservatoire d’espaces naturels Isère.

 

 

 



[1] Les 4 autres mètres cubes dévaleront le cours naturel de la Romanche, maintenant son débit au même niveau qu’actuellement.

[2] La PPE prévoit d’accroître la capacité hydroélectrique de 500 à 750 MW d’ici 2023.

 



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