Hydroélectricité : comment EDF anticipe le risque climatique

Le 06 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Creusement de la prochaine centrale hydroélectrique d'EDF de Romanche-Gavet.
Creusement de la prochaine centrale hydroélectrique d'EDF de Romanche-Gavet.
VLDT

Le premier exploitant de barrages hydroélectriques en Europe ne craint pas les effets du réchauffement. Mais souhaite voir évoluer son modèle d'affaires. Explications.

Avec deux canicules sévères, le bilan 2019 de l’hydroélectricité française ne s’annonce pas prodigieux. «Au cours du premier semestre, la production d’hydroélectricité d’EDF a baissé de 31,6% par rapport à celle de la première moitié de l’année passée. Il est vrai que cette dernière a été positivement exceptionnelle», reconnaît Yves Giraud.

Sécheresses, vagues de chaleur, changements de régime des précipitations sont quelques-unes des conséquences du réchauffement qui frappent et frapperont plus encore l’Hexagone. De quoi inquiéter le premier exploitant de centrales hydroélectriques en Europe?

d'un bassin l'autre

Pas forcément. Disposant de 70 ans de relevés de températures et de pluviométrie, l’ex-opérateur historique rappelle que les conséquences du dérèglement climatique ne frappe jamais tous les bassins hydrographiques à la fois. «L’an passé a été une très bonne année, sauf pour le bassin du Rhin. A contrario, le premier semestre 2019 a été très sec pour beaucoup de bassins hydrographiques, alors que nos centrales rhénanes ont beaucoup produit», poursuit le directeur d’EDF Hydro.

A la mémoire météorologique s’ajoute la connaissance de la dynamique de l’eau de chaque bassin. Grâce au réseau de nivomètres d’EDF, les prospectivistes calculent le volume d’eau stocké dans les montagnes. La prévision de l’évolution des températures de l’air permet de préciser les périodes de fonte de la neige et les volumes d’eau qui en découleront. «Cette évaluation est nécessaire, car nous devons avoir vidé les lacs de barrage avant la fonte pour pouvoir accueillir l’eau des montagnes», résume Pierre Bernard, de la direction générale technique d’EDF.

deux STEP géantes

La fonte du manteau neigeux intervenant de plus en plus tôt dans l’année, l’industriel doit avancer dans le temps la période où il fait turbiner ses centrales hydroélectriques. Une tendance appelée à se poursuivre. «Pour le moment, nous ne voyons pas évaluer le régime des précipitations. En revanche, la température moyenne de l’air ne cesse de s’élever», confirme l’hydrométéorologue.

Aux yeux d’EDF, l’hydroélectricité reste donc une énergie renouvelable d’avenir. L’électricien achève d’ailleurs la construction de sa centrale souterraine de Romanche-Gavet (92 MW) sous le massif de Belledone (Isère). Et aimerait bien concrétiser ses imposants projets de station de transfert d’énergie par pompage (Step) de la Truyère (Aveyron) et de Redenat (Corrèze): deux installations de 1 GW de capacité chacune. De quoi compenser la fermeture (annoncée) de deux réacteurs nucléaires de première génération.

Techniquement, les deux STEP sont viables. Financièrement, le montant du devis est raisonnable: 1 milliard d'euros par unité. Mais la Commission européenne conditionne leur réalisation à l’accélération de l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques. Sujet sur lequel les gouvernements français ont les pieds sur le frein depuis une dizaine d’années. D’ores et déjà, les concessions de 2,5 GW d’hydroélectricité tricolore (gérés par EDF et les filiales d’Engie) sont échus sans que cela n’accroisse véritablement la concurrence.

retour aux concessions

Constructif: EDF avance deux idées. La première serait d’étendre le champ d’application de la concession hydroélectrique à l’ensemble du bassin ou du sous-bassin hydraulique. Ne serait-ce que pour tenir compte de l’ensemble des usages de l’eau, énergétiques, urbains, touristiques, industriels.

Autre proposition: rémunérer EDF pour sa gestion de l’eau. «Auparavant, EDF en situation de monopole finançait la gestion des eaux pour tous par les tarifs réglementés. Aujourd’hui, avec les changements climatiques et les tensions qu’ils provoqueront sur l’eau et la mise en concurrence sur les marchés de l’électricité, cette situation n’est plus tenable. Il faut inventer une nouvelle forme de rémunération d’EDF pour son travail de gestion de l’eau», estime Yves Giraud.

S’ils ne changeront probablement pas le métier des exploitants de barrages ou de centrales au fil de l’eau hexagonales, les changements climatiques sont bien partis pour complexifier un peu plus l’inextricable dossier des concessions hydroélectriques. Une conséquence du réchauffement que n’avait pas anticipée les auteurs des rapports du GIEC.

 



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