Hydrates de méthane: une bombe climatique désamorcée par les bactéries

Le 18 janvier 2018 par Romain Loury
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La mer de Beaufort
La mer de Beaufort

Le fond des océans libère bien du méthane. Pas de panique, selon une étude américaine publiée mercredi 17 janvier dans Science Advances: probablement digéré par la faune microbienne, ce puissant gaz à effet de serre parvient très peu en surface, et ne constitue probablement pas une menace climatique.

Avec le pergélisol terrestre, les fonds marins recèlent d’immenses quantités de méthane, piégé sous forme d’hydrates de méthane (ou clathrates). De forme solide (glace), ils sont sensibles à l’augmentation de température. Ce qui fait craindre, sous le coup du réchauffement des eaux ou de la modification des courants marins, une libération massive de ce gaz à effet de serre par les océans, ce qui viendrait amplifier la hausse de température.

Or l’étude menée par Katy Sparrow, de l’université de Rochester (Etat de New York), et ses collègues dans la mer de Beaufort (océan Arctique) livre des résultats rassurants. Les chercheurs sont parvenus, par analyse isotopique, à distinguer ce méthane, d’origine ancienne, de celui généré de nos jours.

Le méthane réassimilé par l’océan

Bilan: le fond des océans libère bien du méthane du fait de la fonte des clathrates, du fait du réchauffement en cours depuis 15.000 ans (depuis la dernière période glaciaire, indépendamment de celui en cours d’origine humaine), mais ce gaz atteint la surface en très faibles quantités: il ne constitue, au plus, que 10% du méthane détecté en surface.

L’océan s’avère donc capable de «digérer» ce gaz naturel lors de sa remontée, probablement par dégradation bactérienne, et ce même dans une petite colonne d’eau –les chercheurs ont testé des profondeurs de 30 mètres.

Pour Katy Sparrow, les quantités atteignant la surface seraient « exponentiellement plus faibles» dans des eaux plus profondes, dont celles situées au bord des marges continentales, qui contiennent le plus d’hydrates de méthane. «Nos données suggèrent que même si des quantités croissantes de méthane étaient libérées du fait du réchauffement, il est peu probable qu’elles entraînent des émissions atmosphériques catastrophiques», ajoute la chercheuse.

Des risques autres que climatiques

Contacté par le JDLE, Vincent Riboulot, chercheur en sédimentologie marine au centre Ifremer de Brest et coauteur d’une étude publiée début janvier sur les clathrates de la Mer Noire, se dit peu étonné par ces résultats. «Il ne s’agit pas de regarder uniquement ce qui est expulsé du fond des océans, mais aussi de voir quels sont les échanges entre eux et l’atmosphère. Or cette question est encore peu étudiée», indique le chercheur. Avec son équipe, Vincent Riboulot compte justement étudier sur cette question pour les clathrates de la Mer Noire.

A défaut d’initier une boucle de rétroaction positive (un accélérateur du réchauffement), la fonte des clathrates pourrait toutefois avoir des répercussions négatives sur le milieu marin, notamment en accélérant l’acidification, note le chercheur. Elle pourrait aussi engendrer «une surpression sur les sédiments marins» qui les chapeautent, entraînant des avalanches sous-marines et une forte turbidité au fond des mers, délétère pour ces écosystèmes profonds. «En fonction du volume des sédiments, cela pourrait même engendrer des zones de tsunami», indique le chercheur.



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