Huile de palme: Greenpeace allume Bolloré

Le 23 février 2016 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Une plantation d'arbres à palme.
Une plantation d'arbres à palme.
DR

Puits de carbone, la forêt africaine est de plus en plus convoitée pour y produire de l’huile de palme. Parmi les principaux acteurs, le groupe Bolloré, actionnaire de la Socfin. Greenpeace, loin de s’opposer à la monoculture de cette huile mondialement consommée, lance une opération de dénonciation des pratiques de cette entreprise, active dans 8 pays du continent. Avec pour objectif de la faire adhérer à une politique ‘zéro déforestation’ à laquelle l’ONG contribue activement.

 

L’Afrique, nouvel eldorado de l’huile de Palme? Montrés du doigt en Asie du Sud-Est pour leurs pratiques ravageuses sur les forêts, les producteurs de cette huile végétale abondamment employée dans les pâtes à tartiner, les biscottes et les dentifrices convoitent les terres africaines. Parmi eux, la Socfin. Cette entreprise de droit luxembourgeois compte parmi ses actionnaires principaux le groupe Bolloré (38,75% des voix), dont les pratiques environnementales et sociales sont étrillées par l’ONG Greenpeace dans un rapport intitulé «Menaces sur les forêts africaines». Objectif de cette opération: contraindre le groupe de Vincent Bolloré à rejoindre la politique dite de ‘zéro déforestation’, à laquelle l’ONG est partie prenante.

Les plantations sont à venir

La Socfin est actuellement présente dans deux pays asiatiques[1] et dans huit pays africains[2]. Sur le continent africain, l’entreprise annonce en 2014 une production de 185.443 tonnes d’huile de palme brute et de 116.933 t de caoutchouc naturel, pour des surfaces de 80.000 hectares de palmiers à huile et d’environ 50.000 ha d’hévéas. Des zones plantées qui cachent la forêt des autres concessions... Car la Socfin couvrirait plus de 325.000 ha, «ce qui signifie qu’à peine 40% de leurs concessions seraient actuellement plantées. Les superficies plantées pourraient donc doubler dans les prochaines années afin de répondre à une demande de matières premières toujours plus importante au niveau mondial», estime Greenpeace. Des conversions en plantations particulièrement problématiques, certaines zones étant constituées de forêts tropicales «en sursis», stockant des quantités de carbone importantes.

Prévenir la déforestation

Or la Socfin n’a cure de ces problématiques, déplore Greenpeace, qui lui reproche de ne pas avoir de politique «visant à prévenir la déforestation» et d’avoir édicté un cahier des charges environnemental totalement hors de propos par rapport à ses concurrents. «La plupart des entreprises multinationales impliquées dans la filière huile de palme (planteurs, négociants ou entreprises consommatrices) ont déjà adopte? et commence? la mise en œuvre d’engagements ‘zéro déforestation’». Ce terme désigne toute une palette d’engagements, environnementaux et sociaux, dont les critères ont été édictés par les acteurs du secteur eux-mêmes. Une kyrielle de producteurs et de négociants d’huile de palme ont suivi le mouvement, et les clients –comme Nestlé, Unilever, Procter & Gamble– ont privilégié des approvisionnements labellisés. «Dans ces conditions, un planteur qui aujourd’hui continuerait de convertir des forêts en plantations prendrait le risque de se fermer l’essentiel du marche? mondial», écrit Greenpeace. L’ONG presse la Banque mondiale de refuser à la Socfin un prêt, qui devait servir à certifier des concessions situées en Sierra Leone, au Libéria, au Ghana et en Côte d’Ivoire.

Conventions coutumières

Les dénonciations sont identiques concernant la République démocratique du Congo, pour la plantation Brabanta, filiale de la Socfin: 29.000 ha, dont environ 20.000 ha de forêts denses, y compris des zones de forêts intactes, ou des zones arborées dites ‘forêts mosaïques’, «sont potentiellement menacés en l’absence d’une politique ‘zéro déforestation’». Greenpeace souligne également que de «nombreux conflits sociaux» ont déjà eu lieu autour de cette concession, avec des conditions de travail «très difficiles» au sein de la plantation, des contrats «précaires» et des salaires «faibles». La Socfin a bien ratifié des «conventions coutumières d’acquisition foncière», mais les populations témoignent d’un sentiment d’accaparement vis-à-vis de zones traditionnellement dédiées à la cueillette, la chasse et la culture vivrière.

 

Greenpeace dénonce également les pratiques d’Agripalma, la filiale de la Socfin à Sao Tome?-et-Principe, dans le golfe de Guinée, qui aurait défriché sans autorisation des zones interdites, en dehors de tout mécanisme de surveillance et au mépris des populations locales.

 

L’ONG formule à l’adresse du groupe Bolloré une série de recommandations qui peuvent être résumées ainsi: adoptez une politique ‘zéro déforestation’.

 

 



[1] Cambodge et Indonésie.

[2] Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Libéria, Nigeria, République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe et Sierra Leone.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus