Hongrie : les boues rouges contiendraient de l’arsenic et du mercure

Le 11 octobre 2010 par Célia Fontaine
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Alors que la Hongrie lutte toujours contre la coulée de boues rouges en construisant un barrage pour défendre le village de Kolontar d'une éventuelle deuxième inondation, Greenpeace accuse le gouvernement d’avoir dissimulé des informations sur les concentrations élevées d’arsenic et de mercure contenues dans les boues.

Dans un communiqué du 8 octobre, l’ONG révèle les résultats d’analyses effectuées à sa demande[1] sur des échantillons de boue rouge, prélevés en Hongrie. Il apparaît que « des taux de concentration anormalement élevés, notamment pour l’arsenic, près de deux fois supérieure à la normale[2] », ont été retrouvés. Selon Greenpeace, les autorités hongroises auraient omis de divulguer cette information. Or cette pollution toxique présente un risque à long terme pour les écosystèmes, notamment pour les sources d’eau potable.

Toxique pour les végétaux et les animaux, l’arsenic peut s’accumuler dans l’organisme et affecter le système nerveux. Le mercure, quant à lui, risque de s’accumuler dans la chaîne alimentaire, notamment à partir des poissons, et provoquer également des lésions nerveuses. « Lorsque le pH est élevé, comme dans la boue rouge, ces polluants restent relativement figés. Mais une diminution de la valeur du pH, comme c’est le cas dans les rivières, peut favoriser une lente dispersion de ces substances à grande échelle », tente de rassurer Greenpeace.

Samedi 9 octobre, les services hongrois de lutte contre les catastrophes ont construit un barrage de secours à Kolontar, village de 800 habitants. La digue prévue en premier lieu fera environ 1.500 mètres de long, et le barrage 30 m de large à sa base et 4 m de haut.

Selon les dernières évaluations des experts, entre 600.000 à 700.000 mètres cubes de boues toxiques se sont répandus, détruisant l'écosystème des rivières Torna et Marcal et atteignant, sous une forme diluée, la Raab, puis le Danube lui-même. Le WWF-Hongrie a demandé qu'une enquête soit menée rapidement sur les autres réservoirs de la région, et qu'une cartographie aérienne des rives du Danube en Hongrie soit réalisée d'urgence. « Nous sommes particulièrement préoccupés par le plus grand réservoir à Almásfüzit?, construit sur une zone à risque à seulement 80 kilomètres en amont de Budapest », a déclaré Gábor Figeczky, directeur du WWF-Hongrie.

Les causes de l'accident, qui a fait 7 morts et environ 150 blessés, restent à élucider.

Une équipe de 5 experts (venant d’Allemagne, Autriche, Belgique, France et Suède) doit se rendre sur les lieux ce lundi 11 octobre. Mandatés par le mécanisme européen d’aide à la protection civile (dans le JDLE), ces experts devront étudier les impacts de la coulée sur l’environnement, en particulier sur les terres agricoles, l’eau — de surface et souterraines —, la faune et la flore. Ils proposeront également des solutions de décontamination et de réhabilitation des sites touchés.

Demain, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso se rendra en Hongrie pour faire le point sur l’inondation meurtrière. La Commission proposera prochainement une communication sur la manière d'améliorer la réponse européenne aux crises et désastres, y compris de nature industrielle.

La société MAL, propriétaire de l'usine de bauxite-aluminium à l'origine de cette catastrophe écologique, pourrait avoir à payer 73 millions d'euros d'amende, a estimé le secrétaire d'Etat à l'environnement Zoltan Illés. « Pour l'instant, nous ne savons pas encore si la société avait surchargé les réservoirs, mais si oui, c'est de l'entreposage illégal de déchet, ce qui est un crime », a-t-il déclaré. MAL a démenti ce jour avoir surchargé ses réservoirs en affirmant avoir méticuleusement respecté les directives de sécurité.



[1] Analyses effectuées par l’Agence autrichienne fédérale pour l’environnement, à Vienne, ainsi que par le laboratoire Balint, à Budapest en Hongrie

[2]110 mg d’arsenic par kg ; 1,3 mg de mercure par kg et 660 mg de chrome par kg. La concentration d’arsenic par litre est de 0,25 mg – soit un taux 25 fois supérieur aux limites fixées pour l’eau potable.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus