Hinkley Point: l’heure des alternatives a-t-elle sonné?

Le 23 août 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La première ministre britannique va-t-elle réussir à se fâcher avec Paris et Pékin, en même temps ?
La première ministre britannique va-t-elle réussir à se fâcher avec Paris et Pékin, en même temps ?

à quelques jours de la date fatidique, les spéculations vont bon train. C’est en septembre que la Première ministre britannique doit annoncer sa décision sur la construction, ou non, de la centrale nucléaire franco-chinoise de Hinkley Point C. En attendant, les concurrents d’EDF fourbissent de nouvelles propositions.

Au cœur de la planification énergétique depuis des lustres, ce projet vise à construire deux réacteurs EPR par un consortium mené par EDF Energy. La filiale de l’énergéticien français prendra à sa charge les deux tiers de l’investissement (12 milliards de livres -14 Md€). A charge pour son co-équipier chinois, CGN, d’apporter les 6 autres milliards de livres. Le 28 juillet, lors d’un conseil d’administration mouvementé, le groupe EDF a fini par valider le projet. Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, s’attendant à conclure un accord définitif avec le gouvernement britannique immédiatement après.

Contrat pour différence

Patatras, la nouvelle locataire du 10 Downing Street a préféré revoir, avant de les parapher, les clauses du contrat qui doit lier EDF Energy au Royaume. Négocié des années durant par l’équipe d’Henri Proglio (prédécesseur de Jean-Bernard Lévy), ce ‘contrat pour différence’ doit permettre à l’électricien français de vendre son courant à plus de 130 €/MWh, 35 années durant. Avalisé par la Commission européenne, cette aide d’Etat pourrait coûter plus de 35 Md€ au contribuable, a calculé la Cour des comptes britannique.

Le gouvernement britannique va-t-il revenir sur ce soutien et, incidemment, torpiller la construction d’une centrale qui doit fournir 7% du courant, outre-Manche ? Nul ne le sait encore. Lobbyistes et analystes en profitent pour faire valoir leurs arguments. Dans une tribune, Alistair Phillips-Davies, patron de Scottish and Southern (SSE, l’un des 6 grands électriciens du Royaume) défend le principe d’une combinaison entre centrales à gaz et fermes éoliennes pour remplacer Hinkley Point C.

300 turbines vs 2 réacteurs

Dong propose une autre option. L’énergéticien danois, qui vient de se voir accorder le feu vert british pour installer 300 turbines de 6 MW au large des côtes du Yorkshire, propose de consacrer les 18 milliards que doit coûter la centrale nucléaire franco-chinoise à la réalisation de parcs éoliens géants. Bloomberg New Energy Finance (BNEF) partage ce point de vue. Dans un rapport publié en début de semaine, le consultant estime que 5,7 gigawatts d’éolien marin, produisant 25 térawattheures par an, pourraient être mis en service pour le même prix (hors coûts de fonctionnement).

Reste à savoir si le projet d’EDF est aussi risqué que certains l’imaginent. Officiellement, le taux de rentabilité du projet le plus cher financé en fonds propres par l’énergéticien français tourne autour de 9%, après impôts. Ce niveau de rentabilité serait, de l’aveu d’EDF, réduit de 0,2% par semestre de retard du chantier. Dans une note diffusée lundi 22 août, Barclays estime qu’il n’est pas envisageable de voir la future centrale nucléaire démarrer avant 2029 (contre 2025 comme assuré par ses promoteurs). Ce qui assurerait tout de même à l’électricité une marge supérieure à 7%. Pas si mal pour un gros projet énergétique.

Frictions anglo-chinoises

Les hésitations de Theresa May n’indisposent pas que les Français. Sitôt connues ses réticences, l’ambassadeur de Chine au Royaume-Uni a fait savoir que les relations sino-britanniques étaient à un point crucial. La Première ministre n’entend pas pour autant priver le Royaume des importants investissements de l’empire du Milieu. La successeure de David Cameron a dépêché son ministre des affaires étrangères à Pékin et assuré, dans une lettre, le président et le Premier ministre chinois de l’importance qu’elle accorde aux relations commerciales entre les deux pays.

La Chine, qui a déjà investi 40 Md£ ces dernières années au Royaume-Uni, a convenu de cofinancer Hinkley Point C en l’échange de la possibilité de construire, outre-Manche, un réacteur chinois. Conclu par l’ancien ministre des finances, George Osborne, ce deal n’a jamais été accepté par Theresa May.



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