Himalaya: les hauts et les bas des composés perfluorés

Le 27 février 2015 par Romain Loury
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Le Mustagh Ata, 7.546 mètres d'altitude
Le Mustagh Ata, 7.546 mètres d'altitude
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Victoire! Les glaciers de l’Himalaya contiennent de moins en moins de composés perfluorés et toxiques, qu’à la fin du XXème siècle. C’est du moins ce qui ressort d’un communiqué diffusé mercredi 25 février par l’université britannique de Lancaster. Une affirmation très nuancée par l’étude qu’elle cite.

La contamination environnementale par ces perturbateurs endocriniens, présents comme antiadhésifs dans les instruments de cuisson, imperméabilisants et agents antitache sur les textiles, serait en nette baisse, du fait des efforts industriels pour s’en détourner. La preuve: on les détecte beaucoup moins dans certains glaciers de l’Himalaya, après une hausse jusqu’à la fin des années 1990, annonce l’université de Lancaster.

Très optimiste, l’affirmation repose sur une étude menée au sein de l’université, qui s’avère la publication la plus consultée en 2014 de la revue phare Environmental Science & Technology. Publiée par l’équipe de Crispin Halsall, elle dépeint une réalité un peu moins édulcorée que ne l’affirme l’université de Lancaster, voire opposée sur certains points.

Avec ses collègues de l’Académie chinoise des sciences de Pékin, les chercheurs britanniques ont prélevé des carottes de glace sur les monts Muztagh Ata et Zuoqiupo, respectivement à l’ouest et au sud-est du plateau tibétain. Le premier est alimenté par des vents occidentaux, provenant d’Europe et d’Asie centrale, le second par des vents du sud, du sous-continent indien.

Une hausse continue

La première carotte révèle une augmentation constante de la teneur en composés perfluorés totaux entre 1980 et 1999, date à laquelle s’arrête l’analyse. Quant à la deuxième carotte, elle suggère aussi une hausse entre 1996 et 2007, mais à des teneurs inférieures à la première carotte glaciaire, phénomène lié à l’industrialisation galopante de l’Asie ces dernières années.

En 2010, un échantillon de neige fraîche prélevé près du lac Namco, au sud du plateau tibétain, révèle une teneur record, de 4.236 picogrammes par litre (pg/L), soit bien plus élevée que le maximum mesuré dans les deux carottes glaciaires -au maximum 927 pg/L dans la première. Aucun signe de baisse en vue, comme le sous-entend l’université de Lancaster, mais au contraire une hausse ininterrompue, du moins pour les composés perfluorés d’origine asiatique.

L’université affirme en revanche que les composés perfluorés de la première carotte, donc provenant de l’occident, sont en baisse depuis le début des années 2000… résultat que l’on ne retrouve nulle part dans l’article, les chercheurs n’ayant pas dépassé 1999.

Interrogé par le JDLE sur cet étrange hiatus entre l’étude et le communiqué, Crispin Halsall reconnaît ne pouvoir se prononcer après 1999 pour la carotte occidentale. Et pour cause: leurs collègues chinois ont monopolisé les échantillons les plus récents pour leurs propres analyses.

Le PFOS en baisse

A défaut d’une baisse depuis 1999, les chercheurs ont constaté un autre phénomène, à savoir une transition de composés à longue chaîne vers des composés à chaîne courte, jugés moins dangereux car dotés d’une moindre capacité de bioaccumulation. C’est probablement là le résultat le plus encourageant de l’étude –et le mieux retranscrit par le service communication de l’université.

Contrairement à la première carotte, l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) est ainsi indétectable dans la seconde, en faibles quantités dans la neige de 2010. Selon Crispin Halsall, l’industrie s’est progressivement libérée de ce composé au cours des années 2000, avant qu’il ne soit inscrit en mai 2009 à l’annexe B («restriction») de la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants.

«Cela démontre qu’il est possible de changer les choses, et de réduire la prévalence de composés toxiques dans un cadre international», commente Crispin Halsall. Interrogé par le JDLE, le chercheur espère pouvoir retourner sur le plateau tibétain afin de retracer l’évolution plus récente des composés perfluorés, ceux produits en Asie comme ceux d’origine occidentale.



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