Herbiers marins: de fragiles stocks de carbone

Le 21 mars 2018 par Romain Loury
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Les herbiers de Posidonie, en Méditerranée
Les herbiers de Posidonie, en Méditerranée

Les herbiers marins renferment d’importants stocks de carbone, menacés par la pollution, la navigation et le réchauffement. Un risque aussi bien pour la biodiversité que pour le climat, révèle une étude hispano-australienne publiée dans Nature Climate Change.

 

Avec les mangroves, les herbiers marins constituent stockent d’importantes réserves côtières de carbone organique. Ces écosystèmes, et les 72 espèces recensées de plantes aquatiques qui les constituent, pourraient contenir jusqu’à 8,4 milliards de tonnes (8,4 gigatonnes, Gt) de carbone. Et ce seulement dans le premier mètre de sédiments: fortement carbonés, ceux-ci s’accumulent depuis plusieurs millénaires, maintenus dans le sol par les racines.

La Shark Bay, hotspot à herbiers

Or ces plantes sont très sensibles aux perturbations de leur environnement, dont la navigation, l’eutrophisation et le réchauffement. Exemple dans la Shark Bay (Baie des Chiens-Marins en français), sur la côte ouest australienne: en 2010-11, cette zone, riche en herbiers, a été frappée par un intense épisode de chaleur, au cours duquel l’eau s’est réchauffée de près de 4°C pendant deux mois, par rapport aux valeurs habituelles.

Dans leur étude, Ariane Arias-Ortiz, de l’université autonome de Barcelone, et ses collègues révèlent que les herbiers de cette baie, qui constitueraient jusqu’à 2,4% des prairies sous-marines mondiales, ont vu leur habitat se réduire de 22%, avec une raréfaction des zones à forte densité -de 72% à 46% de la zone d’habitat entre 2002 et 2014.

Un stock gigantesque, mais menacé

Les chercheurs ont calculé que, depuis 4.000 ans, les 4.300 km2 d’herbiers marins de Shark Bay ont amassé 144 millions de tonnes (mégatonnes, Mt) de carbone, sur une épaisseur moyenne de 3,1 mètres: le plus gros stock mondial lié aux herbiers.

Bilan: cette canicule a fragilisé ces stocks de carbone, dont les chercheurs estiment, au vu des dégâts observés, que de 2 à 9 mégatonnes ont été relâchées dans l’atmosphère. L’équivalent de 21% des émissions annuelles australiennes liées au changement d’usage des sols.

Un écosystème peu résilient

Les deux espèces dominantes (Amphibolis antarctica et Posidonia australis) mettant des décennies à recoloniser un habitat perdu, les émissions pourraient se poursuivre au cours des 40 prochaines années, pour atteindre entre 4 et 21 mégatonnes de CO2, calculent les chercheurs.

«Alors que les vagues de chaleur devraient se faire plus fréquentes avec le changement climatique, la conservation de cet écosystème est essentielle pour éviter les boucles de rétroaction sur le climat», commentent-ils. Ce stock de carbone étant avant tout sédimentaire, maintenu par les racines, il ne s’agira pas que de replanter des herbiers, dont le taux de séquestration annuel est faible, mais bien de sauver ceux qui sont encore là.



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