Hélène Crié-Wiesner: «Les Américains ont changé»

Le 20 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faut du positif pour entraîner les Américains.
Il faut du positif pour entraîner les Américains.

Journaliste spécialisée en environnement, Hélène Crié-Wiesner vit aux Etats-Unis depuis 11 ans. Elle décrit l’évolution des Américains sur les questions environnementales. Un changement difficilement perceptible de ce côté-ci de l’Atlantique.

Vous venez de publier un livre[1] décrivant un rapide verdissement de la société américaine. Comment expliquez-vous une telle mutation?
 
Je crois que l’on peut situer sa genèse en 2005, lors du passage des ouragans Katrina et Rita. Il faut se souvenir de la façon dont l’environnement était considéré à l’époque. Pour certains, le développement durable était un complot onusien destiné à parquer les Américains dans des camps de concentration!
 
A ce point?
 
Oui, absolument. Et puis les deux ouragans ont dévasté le sud du pays. Cela a provoqué un choc social. Le maire de Houston a ouvert des stades pour accueillir des centaines de milliers de réfugiés de Louisiane. Il a fait construire des écoles, fait titulariser des professeurs d’autres Etats, etc. Les églises ont pris le relai, soutenues par des milliers de bénévoles qui donnaient une partie de leurs congés.
 
Ce choc social a-t-il eu des répliques dans la société?
 
Absolument. Les grands médias ont rapidement posé la question du lien éventuel entre les événements climatiques extrêmes et les changements climatiques. C’est à peu près à ce moment-là que le président Bush a commencé à reconnaître la réalité du changement climatique et de son origine anthropique. Il a d’ailleurs été un peu poussé à le faire par les déclarations de James Hansen.
 
Rappelons de qui il s’agit…
 
James Hansen est un fameux climatologue de l’université Columbia, de New York qui a été l’un des premiers à témoigner au Congrès sur la réalité du «Global Warming». Il a aussi, poussant avec lui de nombreux scientifiques, rendu public le fait que durant des années, les administrations républicaines n’avaient cessé de mentir sur le climat, de caviarder les rapports scientifiques. Cette dénonciation a ébranlé les consciences. Et puis, il y a eu Al Gore…
 
Son film a eu un réel succès?
 
Vous êtes très en dessous de la réalité. Non seulement, son film spectaculaire a été vu par des millions d’Américains, mais Al Gore, qui a un énorme agenda, a su impliquer les stars d’Hollywood et ses réseaux politiques. Et lorsqu’il a reçu le prix Nobel, il est devenu le super héros américain.
 
Tout cela a-t-il conduit les citoyens à modifier leur mode de vie?
 
On peut noter plusieurs changements de fond. Dans certains Etats, on a vu apparaître des marchés fermiers. C’est banal en France, mais aux Etats-Unis, ça n’existait pas. En Caroline du Nord, il y a des marchés réservés aux producteurs locaux et interdits aux grossistes ou aux agriculteurs d’un Etat voisin. L’alimentation bio commence à apparaître, mais surtout dans certains supermarchés. Il y a même l’équivalent des Amap françaises!
 
On parle aussi du «Down sizing»…
 
Oui, effectivement, on voit de nombreuses familles qui «rétrécissent» leur impact environnemental: en emménageant dans une maison plus petite, en achetant une plus petite voiture. De plus en plus de jeunes gens diplômés et de mères de familles font aussi un nouveau retour à la terre.
 
Comment cela?
 
Bon nombre de jeunes mères, issues de milieux favorisés, arrêtent de travailler après leur premier ou leur second enfant. Car il n’y a pas, aux Etats-Unis, de crèches, de garderies avec des puéricultrices, comme en France. Ou alors, cela coûte des fortunes. Donc, elles élèvent et allaitent leurs enfants et deviennent dépendantes de leur mari. Beaucoup ne le supportent pas et quittent leur confort pour aller s’installer à la ferme. Des jeunes gens, très diplômés, suivent le même chemin.
 
Forment-ils des communautés?
 
Pas forcément. Car ils ne sont pas tirés par les mêmes moteurs que les contestataires des années 1970. Ils ne rejettent pas le capitalisme, ne veulent pas être déconnectés de la société américaine. Ils veulent simplement s’extraire des contraintes de la vie en ville.
 
Avec la crise, l’écologie est-elle passée de mode?
 
C’est ce que l’on peut craindre. Pourtant, lors de la dernière campagne présidentielle, la problématique environnementale était à son apogée. Obama avait beaucoup promis: loi sur l’énergie et le climat, des aides aux emplois verts, le développement des énergies renouvelables, des TGV…
 
Et rien de cela n’a été tenu?
 
Peu de choses, mais pour deux raisons. D’abord, lorsqu'Obama s’est installé à la Maison blanche, la crise des subprimes avait commencé. Et les priorités politiques ont été chamboulées. Mais Obama a voulu tenir ses promesses: d’abord en réformant le système social. Mais cet «Obama Care» n’est pas passé dans l’opinion publique.
Ensuite, les républicains se sont livrés à un véritable sabotage politique, économique et social. Résultat: le projet de loi sur l’énergie et le climat n’a pu être voté, les budgets des agences fédérales (dont l’EPA) ont été sabrés.
 
Bref, la page verte est tournée…
 
Les priorités ont changé, c’est évident. Mais je crois aussi que les écologistes ont raté le coche. Ils n’ont pas su faire de la protection de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique une aventure collective positive. Or, si l’on veut susciter l’adhésion des Américains, il faut être positif.
 


[1] American Ecolo Les Américains et l’environnement : chronique du meilleur et du pire, Delachaux & Niestlé, 2011


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