Héla Cheikhrouhou, un Fonds de réserve

Le 11 décembre 2015 par Romain Loury
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Héla Cheikhrouhou
Héla Cheikhrouhou

C’est peu de le dire: Héla Cheikhrouhou, directrice exécutive du Fonds vert pour le climat, est une personne aimable, réservée... et pressée. Et c’est à grand-peine que le Journal de l’environnement est parvenu à lui soutirer quelques mots à l’occasion d’une soirée organisée en marge de la COP 21, à l’Institut suédois.

Agée de 43 ans, Héla Cheikhrouhou présente nombre d’atouts pour le poste: originaire d’un pays du Sud, la Tunisie, elle a fait ses études de finance dans un pays du Nord, au HEC de Montréal. Côté curriculum vitae, elle a débuté en 1996 à la Citibank (Tunisie, Maroc), dont elle a été vice-présidente pour le Maghreb, avant de gagner la Banque mondiale, puis la Banque africaine de développement dont elle a été directrice du département Energie, environnement et changement climatique.

C’est en septembre 2013 que Héla Cheikhrouhou devient la première directrice du Fonds vert pour le climat, organisme onusien de financement de projets d’adaptation et d’atténuation dans les pays du Sud, dont l’idée a été lancée en décembre 2009, à la COP 15 de Copenhague –c’est d’ailleurs l’une de ses rares avancées.

Début novembre, le Fonds vert, officiellement lancé en 2011, a annoncé ses premiers versements, à hauteur de 168 millions de dollars (153,6 M€) pour 8 projets. «Le fonds est pleinement opérationnel», a annoncé Héla Cheikhrouhou, invitée mardi 8 décembre par l’Institut suédois dans le cadre d’un «after work éco-responsable».

A la COP 21, «expliquer les progrès»

C’est donc un début, et ce n’est peut-être qu’un début. Mais force est d’admettre que, même avec ses 10,2 Md$ (9,3 Md€) obtenus (en promesses de dons), le Fonds vert semble encore bien éloigné de son objectif initial: en faire un important vecteur des 100 Md$ (92 Md€) promis à partir de 2020 par les pays du Nord aux pays du Sud.

Le fonds est resté étonnamment en marge des débats de la COP 21, pourtant l’occasion idéale de faire le plein de financements. Jeudi 10 décembre, la récolte était plutôt maigre: 1 M€ de la mairie de Paris, autant du Vietnam, un doublement de la subvention norvégienne, soit 258 M$ (236 M€) d’ici 2020, à condition que le fonds prouve son efficacité contre la déforestation et la dégradation de la forêt.

Interrogée par le JDLE sur les attentes du Fonds vert vis-à-vis de la COP 21, Héla Cheikhrouhou indique que «le fonds est là pour expliquer les progrès réalisés: nous avons fait beaucoup pour devenir opérationnels, et nous continuons à encourager les Etats et les villes à nous financer». Côté projets engagés, cinq ont trait à l’adaptation, deux à l’atténuation, un autre aux deux aspects. «Nous sommes bien partis pour atteindre l’équilibre», indique la directrice.

Le développement a ses vieux démons

Interrogés en vue de cet entretien, plusieurs acteurs de la cause climatique observent que le Fonds vert pourrait pâtir de son multilatéralisme, qui anonymise les financements. La politique de développement n’étant pas seulement une affaire de philanthropie, de nombreux pays du Nord préfèrent recourir à l’aide bilatérale, qui permet de resserrer d’autres liens -commerciaux, par exemple.

Le débat est déjà bien connu dans le domaine de la lutte contre le sida. En France, il fait même rage depuis plusieurs années: si certains ne jurent que par le Fonds mondial de lutte contre le sida, d’autres l’accusent de miner la politique française de coopération en Afrique, née après la décolonisation. Et les seconds sont soupçonnés de ne penser qu’à «planter des drapeaux».

Interrogée sur ce dualisme entre multilatéral et bilatéral, Héla Cheikhrouhou, qui vous a poliment averti qu’elle a peu de temps devant elle, vous rappelle que le Fonds vert «travaille aussi à travers l’Agence française de développement et la banque allemande KfW». Bref, «il n’y a pas de contradiction». Ni de temps mort: sans attendre la prochaine question, Héla Cheikhrouhou vous remercie en souriant, vous serre la main, puis quitte aussitôt la salle.



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