Hawaï se rebelle contre les OGM et les pesticides

Le 03 juillet 2013 par Marine Jobert
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Un tract appelant à soutenir l'un des deux projets de loi encadrant les OGM.
Un tract appelant à soutenir l'un des deux projets de loi encadrant les OGM.
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A trop dire «Aloha» aux OGM et aux pesticides, Hawaï s’en est rendue malade. Car Monsanto, BASF, Dow, Pioneer DuPont et Syngenta ont fait de l’archipel un terrain d’expérimentation grandeur nature[1]. En tout, ce sont près de 6.000 autorisations de plantations d’organismes génétiquement modifiés (sans oublier les aspersions de pesticides afférentes) qui ont été délivrés par le ministère de l’agriculture américain en une dizaine d’années. Sans information des autorités locales et des populations sur la nature des essais et la composition des pesticides pulvérisés. Sans distance de sécurité entre les champs OGM, les habitations et les exploitations agricoles. Devant l’inquiétude des populations, qui accusent les firmes d’empoisonner l’eau, l’air et les cultures de l’archipel, plusieurs lois sont en passe d’être adoptées par les élus locaux, afin que les pouvoirs publics aient enfin leur mot à dire.

 

La mainmise des firmes OGM – qui comptent parmi les plus gros employeurs de l’archipel-remonte aux années 1990, quand la culture de la canne à sucre s’est effondrée, rendant disponibles des centaines d’hectares de terres arables généreusement arrosées de pluie et de soleil. C’est l’île de Kauai –l’une des principales de l’archipel- qui mène la fronde. Deux textes sont en cours d’examen. Le premier –examiné cette semaine- dénonce la faillite des 3 agences gouvernementales américaines (USDA, EPA, FDA) dans leurs missions de protection des populations et de l’environnement. «Aucune d’entre elles n’a exigé que soient menées des recherches ou des expérimentations publiques ou que les assurances de sécurité alléguées par les entreprises soient ‘peer rewieved’ ou que des études multigénérationnelles et à long terme sur les impacts des OGM sur le public, l’environnemental et l’agriculture soient menées».

 

Le second projet de loi, qui devrait passer en deuxième lecture le 31 juillet prochain, prévoit d’obliger les entreprises à rendre public l’usage des pesticides et la présence de cultures d’OGM. «Les habitants du Comté de Kauai ont le droit de connaître les impacts potentiels que ces substances et les pratiques rattachées à cette agriculture sont susceptibles d’avoir sur leur santé et sur leur environnement», indique le texte de loi. Il prévoit également la mise en place de zones tampon de 150 mètres autour des zones accueillant du public et autour des pièces d’eau, ainsi qu’un moratoire temporaire sur les usages expérimentaux et commerciaux des OGM jusqu’à ce que le Comté ait conduit une étude d’impact environnementale sur les effets sanitaires et environnementaux des OGM. Enfin, il interdit les essais de pesticides et d’OGM en plein air et prévoit que la nourriture contenant des produits OGM soit signalée (une première pour un Etat américain).

 

Rien qu’en 2012, ce sont près de 3,5 tonnes de pesticides (avant dilution) qui ont été épandus sur l‘île de Kauai. Des produits dits «à usage limité», ce qui désigne en droit américain des substances actives très toxiques, auxquelles le grand public n’a pas accès et qui ne peuvent être utilisés que par des utilisateurs dûment habilités. Leur liste est tenue à jour par l’agence américaine de l’environnement (EPA). 22 substances actives ont été recensées (soit un quart des produits réservés aux professionnels) par Gary Hooser, l’un des représentants de Kauai, à l’origine de la loi. «Personne n’est en mesure de dire que ces 22 pesticides, qui sont des produits à usage restreint, pulvérisés depuis 20 ans et qui se mélangent… sont ‘safe’. Personne ne peut le dire. Personne ne l’a jamais étudié. Et c’est pourtant ce qu’il est en train de se passer sur notre île.» Et de faire valoir qu’aucune loi ou qu’aucune décision de justice n’est en mesure d’empêcher les autorités locales de procéder à ces tests.

 

Lors d’une visite de soutien aux activistes anti-OGM, l’écologiste indienne Vandana Shiva a estimé que l’archipel d’Hawaï était un cas d’école: «Je pense que votre île est la preuve vivante pour le monde entier de ce que les OGM sont une extension des pesticides, pas un substitut ou une alternative à leur usage (…) Hawaï est devenu un centre névralgique pour l’expansion de la destruction.»

 

 



[1] Un site officiel reprend Etat par Etat américain le nombre d’autorisations délivrées pour réaliser des tests sur des organismes génétiquement modifiés. Hawaï se place le plus souvent dans les premiers.

 



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