Haute tension sur le débat énergétique

Le 08 novembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'ancien patron d'EDF semble avoir convaincu le PS de construire l'EPR.
L'ancien patron d'EDF semble avoir convaincu le PS de construire l'EPR.

Alors que l’UFE publie une nouvelle étude sur l’avenir du secteur électrique, Verts et socialistes se chamaillent sur l’EPR.

A mesure que s’approchent les échéances électorales, les positions des parties prenantes au débat sur la politique énergétique française se crispent. A ma droite, les énergéticiens et leurs représentants ne cessent de dénoncer les tentations écologistes de «sortir du nucléaire».
 
Cela a commencé le 22 septembre dernier par un entretien accordé au Figaro par Bernard Bigot. Dans l’article, l’administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) estime que le coût de l’arrêt du nucléaire serait probablement supérieur à 750 milliards d’euros.
 
Sans toutefois expliciter son calcul. Cela englobe-t-il le démantèlement des 58 réacteurs en service et de l’usine de La Hague, le traitement de leurs déchets, l’accroissement des capacités de stockage souterrain, la construction de nouvelles centrales et de nouveaux réseaux de transport et de distribution? Motus.
 
Qu’à cela ne tienne, les études fusent. Lundi 7 novembre, l’Union française de l’électricité a, opportunément, publié sa vision du secteur électrique français à l’horizon 2030.
 
Réalisé par les consultants d’Estin & Co, le rapport présente, en fait, trois scénarios: le premier se situe dans la prolongation de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de 2009 et laisse au nucléaire 69% de la production d’électricité: un peu moins qu’aujourd’hui.
 
Le second réduit à 50% la part de l’atome. Le dernier enfin, imagine une France ayant fermé tous les réacteurs de plus de 40 ans. Ce qui laisserait à l’électronucléaire une part de marché d’environ 20%.
 
De nombreuses hypothèses d’évolution de la demande, de maîtrise de la demande d’énergie (MDE) et de croissance du PIB sont aussi étudiées.
 
Au total, avance le syndicat des électriciens, il en coûterait 322 milliards, en 20 ans, pour réaliser le premier plan. Lequel prévoit la réalisation des deux EPR prévus par EDF (Flamanville 3 et Penly 3), la mise en service de 41 gigawatts d’énergie renouvelable et de 21 GW de centrales au gaz. A noter que le budget MDE atteint les 70 Md€: la moitié de celui des réseaux.
 
Dans le second programme, EDF serait amené à fermer une vingtaine de tranches. Les énergéticiens devraient alors investir 165 Md€ dans la production (renouvelable et thermique). A charge pour la collectivité de trouver de quoi payer les 70 Md€ d’investissements en faveur de la MDE et les 147 Md€ pour développer et maintenir les réseaux de transport et de distribution.
 
 
L’UFE a regardé aussi ce que donnerait, de ce côté-ci du Rhin, la transposition du «modèle» allemand. Côté nucléaire, seule une douzaine de tranches resterait en service. Le reste du mix énergétique serait constitué de 100 GW renouvelables (dont 45 éoliens) et d’une soixantaine de centrales à cycle combiné à gaz. L’addition est plus lourde que précédemment: 434 Md€, dont 209 pour la production, 154 pour les réseaux et toujours 70 Md€ pour la MDE. A noter aussi que ce scénario 20% est le seul, selon l’UFE, à accroître les émissions nationales: + 69 millions de tonnes de CO2!
 
Que l’on choisisse de poursuivre sur la lancée actuelle (qui ne nous permet pas d’atteindre les objectifs du Grenelle!), d’opter pour le scénario préféré du PS (le 50%) ou celui rêvé par Europe Ecologie Les Verts (EELV), un constat s’impose: on est très loin des 750 Md€ promis par le patron du CEA.
 
Quoi qu’il en soit, le candidat socialiste semble avoir fait son choix. Lundi, François Hollande a indiqué qu’une fois élu, il laisserait EDF poursuivre la construction de l’EPR de Flamanville. Cela n’est pas pour rassurer les responsables d’EELV qui espéraient bien, dans le cadre d’un accord politique conclu avec le PS, réduire la part du nucléaire du mix énergétique et arrêter la construction du premier EPR hexagonal. Piqués au vif, les écologistes ont annoncé, mardi, avoir suspendu leurs discussions avec leurs partenaires socialistes. Des tractations qu’ils imaginaient conclure avant le 19 novembre.
 
Le refroidissement des relations socialo-vertes n’est pas pour déplaire à François Roussely. L’ancien patron d’EDF, aujourd’hui reconverti dans la banque, a plaidé auprès de François Hollande pour l’achèvement de l’EPR normand. Dans son courrier, dont le contenu est révélé, mardi, par Le Monde, ce patron proche des socialistes estime que l’abandon du chantier cotentinois pourrait mettre en danger la filière et pourquoi pas signer l’arrêt de mort d’Areva, le leader mondial du nucléaire. Un argument qui semble avoir fait mouche.


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