Hakima El Haïté: «Marrakech sera une COP duale»

Le 07 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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"Lla transition énergétique ne se réalisera pas en deux jours", rappelle la ministre de l'environnement du Maroc.
"Lla transition énergétique ne se réalisera pas en deux jours", rappelle la ministre de l'environnement du Maroc.

Cheville ouvrière de la COP 22, la ministre de l’environnement du Maroc aura deux priorités durant la quinzaine: mettre en œuvre l’Accord de Paris et ouvrir le cénacle onusien à la société civile mondiale. 

 

Quelles sont les priorités de la COP 22?

A Paris, l’an dernier, nous avons recréé la confiance. Durant toute cette année, cette confiance a été confortée par de nombreux signes encourageants. Mais après 21 ans de négociation -presque une génération- il est temps de passer aux actes. Faute de quoi la confiance sera rompue. C’est pour cela que nous sommes réunis à Marrakech, pour écrire une nouvelle page d’histoire.

Terminées, les négociations?

On ne va pas négocier 20 ans de plus. L’Accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre. Tout le monde doit maintenant dire, chaque année, ce qu’il va faire pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et comment il va le faire.

Des difficultés en vue…

Les difficultés sont devant nous, mais ne sont pas forcément celles auxquelles vous pensez. Les difficultés réelles sont de répondre au plus vite aux urgences climatiques et de protéger les populations les plus vulnérables. Collectivement, nous devons -et le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) nous le rappelle- réduire plus encore nos émissions de gaz à effet de serre, accroître les ambitions de nos contributions nationales (NDC) le plus rapidement possible. Je sais que les échéances sont 2050 et 2100, mais nos populations n’ont pas le temps d’attendre jusque-là.

Pour en revenir aux discussions que nous mènerons à Marrakech, je souhaite que l’on avance sur la finance climatique. Nous devons préciser les participations de chacun: Etat, secteur privé. Et définir quels montants seront consacrés à l’adaptation et à l’atténuation. Même si les Etats développés nous assurent que le financement des 100 milliards par an d’aides aux pays vulnérables est quasiment bouclé[1], nous avons besoin de réelles assurances à ce sujet. Il faudra donc flécher les flux financiers.

A titre personnel, quels sont les dossiers que vous voulez voir avancer?

L’Accord de Paris a introduit les acteurs non étatiques dans la gestion du climat. Nous devons donc conduire une COP duale qui intègre les deux mondes: les négociateurs habituels et la société civile. A cet égard, je souhaite jeter des passerelles durables entre ces deux univers. Ce sera l’une des façons de faire émerger de nouvelles approches.

A quoi pensez-vous?

Par exemple à la place des femmes. Les scientifiques sont unanimes pour dire que la femme est plus vulnérable aux conséquences du réchauffement que l’homme. Dans de nombreux pays, c’est elle qui va chercher l’eau au puits et parcourt de longues distances, chaque jour, pour approvisionner sa famille. Quand on prend en compte sa place dans l’économie, il est normal qu’elle soit impliquée, non seulement dans le processus de décisions, mais aussi dans leur mise en œuvre. Pour cela, il faut donc que les politiques de renforcement de capacité n’oublient pas les femmes.

Les financements mis à part, qu’attendez-vous des pays développés?

Comme ‘championne’ du climat, j’insiste sur le fait que la communauté internationale doit rapidement répondre à deux urgences: l’adaptation des régions les plus vulnérables aux conséquences du réchauffement et l’électrification. Car sans électricité, pas d’accès à l’eau, pas d’irrigation sobre, pas d’éducation, pas de développement. L’adaptation est maintenant une évidence pour tous. Ce n’est pas forcément le cas de l’électrification. C’est le sujet sur lequel nous devons concentrer nos forces. Et ceci sans accroître, évidemment, nos émissions de gaz à effet de serre.

Pourtant, certains pays africains n’hésitent pas à investir dans le charbon…

Je pourrais dire la même chose de certains pays européens. Il est évident que la transition énergétique ne se réalisera pas en deux jours. Mais il est de la responsabilité des pays développés -qui sont à l’origine du changement climatique- d’investir dorénavant uniquement dans des moyens de production sobres en carbone, que ce soit chez eux ou dans les pays en développement. Solaire, éolien, géothermie, biomasse: l’Afrique peut être un creuset des énergies propres que nous devons exploiter. Quitte à en faire profiter aussi les pays du Nord. Reste à mettre en œuvre des modes d’investissement qui permettent d’électrifier proprement les régions qui n’ont pas accès à l’énergie.



[1] En 2009, lors de la COP de Copenhague, les pays les moins vulnérables se sont engagés à verser, dès 2020, une contribution de 100 milliards de dollars par an aux pays les plus vulnérables aux conséquences du réchauffement.

 



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