Gypaète: un seigneur des airs difficile à défendre

Le 10 octobre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Il ne subsiste que 175 couples de gypaètes en Europe.
Il ne subsiste que 175 couples de gypaètes en Europe.
A.Savin

Bénéficiant d’un programme de protection national, le plus grand rapace d’Europe tente de se réimplanter durablement dans les Alpes françaises, sous la protection des agents du Parc national de la Vanoise. Mais les écueils sont encore nombreux.

Rarement oiseau aussi inoffensif aura été aussi longtemps victime de sa mauvaise réputation. Mais que voulez-vous, avec ses 3 mètres d’envergure, le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) en impose. Auparavant relativement fréquent dans les Alpes, ce cousin du vautour a disparu de l’arc alpin dans les années 1930. Côté italien, c’est à coup de poison que l’on est venu à bout de ce géant des airs. En France, le ‘casseur d’os’ a succombé à une chasse sans répit. «On en avait peur. Il est vrai que ce nécrophage impressionne par sa taille, son régime alimentaire particulier (essentiellement constitué des os des carcasses d’animaux alpestres) et ses yeux soulignés de rouge», explique Henri Suret, technicien du parc national de la Vanoise. L’oiseau est aussi un grand curieux. Et ses survols très rapprochés des montagnards ont fini par l’inscrire à la rubrique mythique des voleurs de moutons.

Pas de lignée afghane

Dans les années 1970, une poignée d’ornithologues tentent de le réintroduire dans les Alpes. Ces passionnés finissent par acquérir quelques spécimens en Afghanistan. Ces tentatives échoueront. «Des décennies après sa disparition, sa mauvaise réputation lui collait toujours aux plumes», constate Henri Suret. Et puis le gypaète ne fait rien comme les autres. Comme son rival des airs, l’aigle royal, il ne niche que dans les cavités rocheuses les plus escarpées. Il attend le cœur de l’hiver pour se reproduire. Une période où la nourriture se fait rare. Le Phène des Alpes, comme on l’appelait jadis, ne se repaît pratiquement que d’os. Les plus petits sont facilement digérés par ses sucs gastriques dont le pH n’a rien à envier à celui de l’acide des batteries. Les plus gros sont précipités sur des pierriers pour les briser avant dégustation.

Sensibiliser

Les ornithologues ont tiré les enseignements de l’échec des premières réintroductions. «On a commencé par sensibiliser les populations alpines. Avant de les associer plus directement au lâchage de nouveaux oiseaux», rappelle Henri Suret. Avant les derniers lâchers, ce sont les enfants des écoles de Peisey-Nancroix qui ont choisi le nom donné aux volatiles. Enedis (ex-ERDF), qui participe au projet Life de protection du gypaète, a aussi baptisé deux gypaètons: Linky et Ginko[1].

Nombreux dangers

Avec 4 couples présents en Vanoise[2], l’espèce est loin d’être sauvée. Chaque année, les couples se font et se défont avant, parfois, de se reformer. Toujours acrobatiques, les accouplements ne sont pas toujours féconds. Et le taux de survie des jeunes reste faible. «On estime qu’un couple ne donne naissance à un gypaèton qu’une fois tous les trois ans et qu’un tiers d’entre eux atteindra l’âge adulte», résume Henri Suret. Lignes électriques, câbles de remontées mécaniques et de transport d’explosifs[3], plomb, aigles ou grands corbeaux, nombreux sont les dangers qu’ils devront surmonter. Sans oublier les nouvelles activités de montagne: VTT, VTT électriques, Base Jump, Wind Suit. Il y a quelques mois, trois pratiquants de Speed riding (discipline associant le ski et le parapente) ont dérangé un couple en train de couver. L’oisillon n’a pas survécu à la fuite de ses parents. La justice a beau avoir condamné (à des peines d’amende) les sportifs insouciants, ce genre de rencontre fatale à toutes les chances de se reproduire dans l’avenir.

Hélicoptères lourds

D’où l’importance de réduire les autres risques pesant sur le plus grand rapace d’Europe. C’est l’objet d’un programme Life. Coordonné par Asters-Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie, le programme GypaHelp vise à réduire les risques d’empoisonnement, de dérangement et de collision avec les différents types de câbles qui barrent les vallées. Spectaculaires, ces dernières opérations font souvent appel à des moyens lourds et coûteux. La pose d’effaroucheurs sur les lignes à haute tension de montagne nécessite souvent l’utilisation d’hélicoptères lourds. Enedis, le gestionnaire des réseaux de distribution d’électricité, a prévu de consacrer 225.000 euros pour la protection de l’avifaune dans les trois départements alpins. Les deux tiers financeront la ‘neutralisation’ d’infrastructures potentiellement dangereuses pour le gypaète.

Un espoir: le drone

Combien de kilomètres de lignes seront-ils ainsi balisés? Combien de pylônes seront-ils équipés de fourches anti-nidification? Difficile à dire. «Tout dépend des équipements que nous installons et des sites où il faut intervenir», souligne Dominique Mutter, ‘madame Gypaète’ chez Enedis. A Tignes, le 5 octobre dernier, trois véhicules lourds et une dizaine d’agents ont été mobilisés pour ‘neutraliser’ un seul poteau. «Dans le seul département de la Savoie, 75 poteaux et 28 km de lignes électriques présentent encore un risque élevé», comptabilise Sandrine Berthillot, chargée d'études du programme ‘Câbles’ au parc national de la Vanoise.

Un espoir pour accélérer la signalisation des lignes: le drone. Enedis teste la pose de balises par un prototype, construit par la société slovaque E-Sense. Guidé par GPS, l’engin signalise plusieurs centaines de mètres de lignes électriques en une demi-heure. Plus vite, plus haut, plus loin qu’une lourde équipe de techniciens. Sauvé par un drone le gypaète? L’avenir et les fonds européens le diront.

 



[1] Du nom du compteur communicant actuellement déployé par le distributeur et de son système informatique.

[2] Pour une dizaine dans les Alpes françaises

[3] Ces explosifs sont utilisés pour déclencher préventivement des avalanches.

 



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