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Guyane: quand l'or ruine la biodiversité

Le 09 janvier 2013 par Stéphanie Senet
Le permis prévoit une exploitation attenante au coeur du parc national
Le permis prévoit une exploitation attenante au coeur du parc national

Un permis d’exploitation aurifère a été accordé le 11 décembre par le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg à la société Rexma. Il risque de mettre en péril une zone particulièrement riche sur le plan de la biodiversité, ainsi que l’activité elle-même du parc national. France Nature Environnement (FNE), la Fondation Nicolas Hulot (FNH) et WWF demandent son annulation.

Les habitants du village de Saül n’en reviennent toujours pas. Ils croyaient l’exploitation minière enterrée dans leur commune depuis l’adoption du Schéma départemental d’orientation minière (Sdom), qui interdit définitivement cette activité sur leur territoire depuis le 1er janvier 2012.

«Il s’agit d’un nouvel épisode dans un feuilleton qu’on croyait terminé», résume Christian Roudgé, coordinateur de Guyane Nature Environnement (GNE). Le hic s’avère chronologique: l’arrêté qui donne le feu vert à l’exploitation aurifère de la Rexma pendant 5 ans (signé par Arnaud Montebourg le 26 octobre et publié le 11 décembre au Journal officiel) est le résultat d’une procédure lancée en 2009, c’est-à-dire avant l’établissement de la nouvelle règlementation minière locale. Ce permis, dit «Limonade» en raison de la crique du même nom visée par l’autorisation, pourrait changer le visage de cette partie de la Guyane.

La mobilisation n’a pourtant pas diminué à Saül, un village de 100 habitants situé en pleine forêt, à 200 kilomètres au sud de la bande littorale. Depuis 2005 et la première demande d’un permis de recherche, les riverains et les associations environnementales se sont associés pour dire les impacts négatifs d’une exploitation aurifère qui prétend charrier 3,5 millions de mètres cubes de terres dans l’enceinte du parc national.

«Saül, c’est le château d’eau de la Guyane. Deux fleuves prennent leur source dans cette partie montagneuse de la Guyane et de nombreux cours d’eau sont présents. On craint qu’ils soient pollués par des boues résultant de l’exploitation aurifère», explique Christian Roudgé. C’est d’ailleurs sur ce point que GNE va attaquer l’arrêté. Il serait en effet contraire à la loi de 2006 sur les parcs nationaux, qui instaure une solidarité écologique entre la zone cœur et les zones d’adhésion d’un parc national, et interdit toute activité pouvant menacer l’une par l’autre. Or l’exploitation de l’or pourrait polluer l’eau et par ricochet la zone cœur du parc national guyanais.

C’est tout un pan de la biodiversité qui est aussi menacé. Le territoire du permis couvre 10,1 kilomètres carrés et démarre aux portes de Saül, dans une zone d’adhésion du parc national, pour s’étendre jusqu’à la zone cœur (voir carte). Cet espace recouvre à lui seul 200 hectares de forêts primaires, 16% des espèces remarquables régionales, 127 espèces d’orchidées, 527 espèces de plantes, 286 espèces d’oiseaux, 52 espèces de batraciens, ou encore 160 espèces de vertébrés protégés ou déterminants, selon l’étude d’impact remise par la société Rexma. Ce n’est pas un hasard si le secteur de Saül a servi à caractériser plus largement la flore guyanaise.

Autre grief avancé par les associations: l’activité économique locale, basée sur l’éco-tourisme autour du parc national –dont Saül est l’une des portes d’entrée- risque d’être malmenée par un ballet de camions. «L’exploitation minière, qui existe encore à une centaine de kilomètres, dans une région moins riche sur le plan de la biodiversité, a disparu de ce territoire il y a au moins 50 ans. Aujourd’hui, l’activité principale tourne autour du parc national», reconnaît le coordinateur de GNE.

Autant d’arguments qui feront, peut-être, flancher le préfet de Guyane, qui doit encore délivrer ou refuser l’autorisation de travaux à la Rexma, après avis du Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) prévu en février. Une autorisation sans laquelle l’exploitant ne peut rien.

Pour mémoire, la procédure d’autorisation du permis de recherche avait connu le même décalage entre Paris et la Guyane. Demandé en 2005 par Rexma, il avait reçu un avis négatif de la commission des mines et du préfet de Guyane en 2006, mais pourtant le feu vert du ministre de l’industrie, qui était alors François Loos, le nouveau président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

Selon la Fondation Nicolas Hulot, ce permis Limonade est aussi en contradiction avec le processus de consultation en cours sur la charte du parc, ainsi que sur les objectifs de concertation en cours sur la réforme du Code minier, qui n’exige pour l’heure que des garanties financières et techniques de l’exploitant, et non environnementales.

Si l’exploitation est lancée, les associations environnementales craignent une mise en suspension des sédiments, une pollution au mercure, des impacts négatifs sur la flore, la faune piscicole et plus largement la chaîne alimentaire, sans oublier les conséquences sanitaires…

Dès la mi-décembre, FNE mais aussi le WWF et la députée de Guyane, apparentée PS, Chantal Berthelot avaient déjà interpellé le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg pour qu’il retire son permis d’exploitation.



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