Guyane: pas de débat public pour l’exploration offshore?

Le 24 septembre 2018 par Marine Jobert
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Total, sur la défensive face à la CNDP?
Total, sur la défensive face à la CNDP?

Alors qu’elle convoite du pétrole au large de la Guyane française, Total aurait-elle dû saisir la commission nationale du débat public (CNDP)? C’est l’avis d’un collectif local. L’autorité indépendante, elle, met en garde contre un risque de sous-évaluation financière des projets, pour échapper à la concertation publique.


Chantal Jouanno s’en était inquiétée dans Le JDLE: la société pétrolière Total Exploration & Production Guyane française n’a pas saisi la CNDP dans le cadre des forages d’exploration qu’elle projette de mener au large du département ultra-marin.

Alertée par un collectif d’associations au moment de l’enquête publique, la présidente de l’autorité indépendante n’a pu que constater qu’il était trop tard pour organiser la concertation prévue par les textes. Du nid à contentieux en perspective, alertait-elle.
100 millions d’euros ou plus?
C’est le montant des travaux envisagés qui détermine si un projet doit être, ou non, soumis à concertation publique. Dans l’avis rendu en juin dernier, l’Autorité environnementale (Ae) soulignait que n’était chiffrée que «la seule partie ferme du projet», pour un montant de 100 M€. «Mais son coût total potentiel n’est pas mentionné» soulignait l’Ae, sans toutefois réclamer d’informations supplémentaires. Dans la réponse fournie par le pétrolier français, il n’est fait mention d’aucun chiffrage.

Total semble estimer que la participation du public ne devra intervenir qu’«au stade d’un potentiel projet d’exploitation», lors d’une nouvelle évaluation environnementale, «conformément à la réglementation applicable».

Lors des travaux d’exploration précédents, l’entreprise rappelle qu’une commission de suivi et de concertation sur le pétrole en Guyane (CSC) avait été mise en place afin d’informer l’ensemble des parties prenantes sur le projet et favoriser ainsi une concertation élargie entre l’administration de l’Etat, l’administration territoriale, les représentants politiques, le monde socio-économique, les associations de protection de l’environnement et d’autres acteurs de la société civile. Et de s’engager à «favoriser la réactivation d’une instance de concertation d’un type similaire».
Sous-évaluation du projet
Sollicitée par le collectif Stop Pétrole Offshore Guyane, la CNDP a répondu que «l’absence d’informations financières précises ne sauraient être considérée comme exonérant le maître d’ouvrage de ses obligations à l’égard de la CNDP. Bien qu’il n’existe pas de disposition légale, nous devons considérer que le seuil de 300 M€ est présumé atteint, sauf démonstration du contraire du maître d’ouvrage. En effet, toute autre règle aurait pour effet de permettre aux maîtres d’ouvrage d’échapper à leurs obligations légales à l’égard de la CNDP en constituant des dossiers insuffisants.»

Les enjeux économiques et environnementaux des forages projetés sont de taille. Dans ces conditions, «peut-on priver la population guyanaise d’un débat aussi crucial pour son avenir et celui de son territoire?», s’interroge le collectif de citoyens.



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