Guyane: l’or illégal démasqué par la science

Le 23 février 2016 par Romain Loury
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Les ravages de l'orpaillage illégal
Les ravages de l'orpaillage illégal

Enfin un outil scientifique pour tracer l’or illégal en Guyane: le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a mis en place, avec l’appui du WWF, une méthode de caractérisation physico-chimique des grains l’or, ont-ils annoncé mardi 23 février.

Dotée d’un minimum de 200 tonnes[1] sur les sites actuellement en exploitation, la Guyane attise l’orpaillage illégal et les trafics. Et, au final, les nuisances environnementales, dont la déforestation et une forte pollution des cours d’eau. Au mercure, utilisé pour l’extraction de l’or alluvionnaire, mais pas seulement.

Remuant les sédiments sur de longs tronçons de rivière, les orpailleurs illégaux y créent «des champs de boue, et détruisent physiquement le cours d’eau», explique Florent Taberlet, chargé du programme terrestre du WWF en Guyane, contacté par le JDLE. «Il en résulte une forte pollution par des matières en suspension, qui asphyxie la vie aquatique et pose de gros problèmes de qualité de l’eau pour la population», poursuit-il.

Mais comment stopper cet orpaillage illégal, qui produit chaque année environ 10 tonnes d’or, contre 1 à 2 tonnes pour la filière officielle? Une étape importante a été franchie en 2011, avec l’extension à la Guyane de la «loi sur la garantie», qui oblige tout comptoir d’or à tenir un «livre de police», où il doit mentionner ses vendeurs.

Trois techniques utilisées

Cette police administrative pourrait bientôt être renforcée par des outils scientifiques: soutenu par le WWF[2], le BRGM a mis en place une méthode de caractérisation de l’or, qui permet de déterminer sa provenance.

Lors des travaux menés au BRGM, les grains d’or ont été analysés par trois méthodes: à grossissement croissant, il s’agit de la macroscopie (par une loupe binoculaire), de la microscopie électronique à balayage et de la microsonde électronique, explique Thierry Augé, coordinateur du projet et directeur de l’unité «ressources minérales» du BRGM, au JDLE.

La macroscopie permet de déterminer la forme du grain, aplati ou rond selon le site, mais aussi de savoir s’il a été au contact du mercure. «Quand il y a du mercure, la morphologie des grains change, et on voit apparaître des bordures en forme de chou-fleur: nous n’avons pas besoin de faire d’analyse chimique pour savoir que le mercure a été utilisé», explique Thierry Augé.

Les inclusions minérales, signature géologique

Pratiquée par microscopie électronique ou, plus dans le détail, par microsonde, l’analyse chimique permet de déterminer plus finement de quel site provient le grain d’or. Et ce grâce aux inclusions minérales, piégées dans l’or: d’une taille allant de quelques micromètres (µm) à quelques dizaines de µm, on en compte une dizaine de types, selon leur composition chimique (oxyde de fer, sulfures, etc.).

Si la plupart de ces inclusions sont contemporaines de la formation de l’or, d’autres peuvent aussi s’agréger à l’or présent dans les sédiments, lorsqu’il forme des pépites. Autre outil, la concentration en argent et en cuivre, naturellement présents dans l’or naturel, mais sous forme dispersée dans le grain.

Or l’ensemble de ces marqueurs sont typiques de l’environnement géologique, et donc du site où a été extrait le grain d’or. Ils peuvent donc permettre de déterminer de quel site légal d’extraction provient le grain d’or… ou s’il ne correspond à aucun d’entre eux. Ce qui nécessite au préalable d’établir une cartographie de l’or, avec un profil physico-chimique par mine.

Des techniques efficaces jusqu’à l’affinage

De quelle manière ces nouveaux outils scientifiques pourront-ils être utilisés? Tout d’abord sur l’or primaire, celui en poudre, mais également sur le «doré», lingot d’or fondu mais pas encore affiné. Des informations sont toutefois perdues à ce stade, notamment avec la disparition de certaines inclusions minérales, explique Thierry Augé.

«La chaîne guyanaise s’arrête là»: il n’y a que là que ces méthodes seront efficaces, ajoute le chercheur du BRGM. Par la suite, «tout va disparaître au moment de l’affinage», qui libère l’or de ses impuretés minérales. La piste se brouille encore plus au niveau des produits finaux, dont la bijouterie, du fait que l’or est abondamment recyclé, fondu et mélangé.

Après cette première étape, celle de l’étude de faisabilité, WWF envisage plusieurs pistes. Primo, comme outil de police scientifique, «en appui aux enquêtes judiciaires», «ce qui peut être envisagé à très court terme», explique Florent Taberlet.

Deuxio, «on peut envisager une valorisation de la filière minière officielle, avec une labellisation, une certification», de manière à assurer les bijoutiers que l’or qu’ils achètent est bien issu d’une filière légale, ajoute-t-il. Tertio, ces outils peuvent faire entrer l’Etat dans «une démarche de transparence et de responsabilité», en mettant en avant la notion de «mines responsables».



[1] En 2015, les banques centrales ont acheté 588 tonnes d’or, estime le World Gold Council.

[2] Lancé en 2013, le projet a été cofinancé par le WWF et l’Union européenne, via le Fonds européen de développement économique et régional (Feder).

 



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