Guyane: l’extraction d’or trouble le Maroni

Le 19 octobre 2018 par Romain Loury
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Le fleuve Maroni
Le fleuve Maroni
VLDT

En Guyane française, le fleuve Maroni, surchargé en sédiments, devient de plus en plus trouble. La faute à l’extraction d’or, légale ou non, dont le nombre d’exploitations a explosé ces 20 dernières années, suggère une étude de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) publiée dans la revue Land Degradation & Development.

Légale ou illégale, l’extraction d’or, qui s’effectue en bord de fleuve, entraîne une déforestation et une importante destruction des sols, ce qui accroît l’érosion. L’apport de sédiments augmente donc fortement, entraînant une hausse de turbidité de l’eau. Or le Maroni, qui sépare la Guyane française du Surinam, est particulièrement en proie à l’orpaillage.

Teneur sédimentaire en hausse de 239%

Marjorie Gallay, ex-doctorante au centre IRD de Cayenne, et ses collègues ont comparé deux fleuves guyanais, le Maroni et l’Oyapock, analysant l’évolution de leur turbidité entre 2001 et 2015 (par mesure directe et télédétection satellitaire). Résultat: seul le Maroni présente une nette hausse de la teneur de particules en suspension, de +230% en 15 ans (de 11 mg par litre en 2001 à 36 mg/L en 2015).

«Sur cette période, ni le Maroni ni l’Oyapock n’ont connu de changement du régime de pluie, ni de changement de débit. La seule différence significative entre eux, c’est une hausse significative, pour le Maroni, des surfaces déforestées par l’orpaillage», explique Jean-Michel Martinez, co-auteur de l’étude et chercheur IRD au laboratoire Géosciences environnement Toulouse (GET), contacté par le JDLE.

Depuis 2000, la déforestation imputable à l’orpaillage a crû de 400% sur le Maroni, pour y atteindre 0,37% de la surface forestière du bassin versant -contre 0,06% pour l’Oyapock.

Une accumulation de petits sites dénudés

«Cela peut sembler faible à l’échelle d’un énorme bassin versant comme celui du Maroni, mais il s’agit d’une accumulation de petits sites, tous situés en bord de fleuve», qui finalement déversent d’importantes quantités de sédiments, explique le chercheur. Selon lui, la différence entre le Maroni et l’Oyapock pourrait être liée à un «effet de seuil».

Cette hausse de turbidité pose plusieurs problèmes: primo, elle engendre une pollution par le mercure (naturellement présent dans les sols amazoniens), ainsi que par des nutriments tels que l’azote et le phosphore. Deuxio, elle diminue la quantité de lumière disponible pour les algues, avec des répercussions sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Tertio, elle engendre un risque d’ensablement du fleuve.

Quid du projet, très controversé, de la mine de la Montagne d’Or? S’il préfère ne pas s’exprimer à ce sujet, Jean-Michel Martinez souligne qu’il survient «dans un contexte de détérioration de ce bassin. Je ne sais pas ce qu’il va produire pour le fleuve, mais celui-ci est déjà dans une situation de dégradation rapide», prévient-il.



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