Guyane: l’enfer vert n’est pas ce que vous croyez

Le 22 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Gigantesque et riche, le patrimoine naturel guyanais suscite bien des convoitises. Mais il n’est pas certain que tout le monde sera servi.

Depuis des siècles, la Guyane se traîne une sale réputation. Hier terre d’esclavage, puis de déportation, cette région de France a bien du mal à faire valoir son fabuleux patrimoine naturel.

 

Ses plages comptent parmi les sites de ponte les plus actifs des principales espèces de tortues marines (luth, Dermochelys coriacea; olivâtre, Lepidochelys olivacea; verte, Chelonia myda). Mais hélas pour les adeptes de l’éco-bronzette, les plus belles langues de sable bordées de cocotiers ont une fâcheuse tendance à disparaître, puis réapparaître, selon les années. Sous l’effet des forts relâchements cycliques des limons de l’Amazone, les plages guyanaises se transforment régulièrement en impénétrables mangroves. Au bout d’une vingtaine d’années, le phénomène inverse se produit et la forêt laisse alors la place au sable blond. A la grande joie des reptiles marins.

 

La forêt est, bien sûr, le patrimoine naturel le plus considérable de la plus grande région de France: 8 millions d’hectares, dont 5,5 millions sont gérés par l’Office national des forets (ONF) et 2,5 millions par le Parc amazonien de Guyane (PAG). Pour résumer, 96% de la superficie de la région est couverte d’une forêt tropicale équatoriale, l’essentiel de la population vit sur les 4% de bande littorale qui court de la frontière brésilienne à celle du Surinam.

 

Au sud de cette bande littorale, du vert à perte de vue: forêt tropicale humide, mangroves, savanes sèches, inselbergs, etc., le tout formant l’un des plus riches viviers de biodiversité de la planète. «On a déjà identifié 750 espèces d’oiseaux, 180 espèces de mammifères et 5.500 variétés de végétaux», indique Eric Hansen, délégué pour l’Outre-mer de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Cette extraordinaire succession de biotopes abrite 98% de la faune vertébrée et 96% des plantes vasculaires françaises. Un joyau que la France s’efforce de protéger.

 

Suite aux expérimentations menées par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), l’ONF encadre très fortement l’exploitation forestière. «Sur les parcelles concédées aux forestier, on autorise le prélèvement de 5 tiges à l’hectare», résume Nicolas Karr, directeur régional de l’ONF. Au total, ce sont 16.000 arbres qui tombent dans l’année sous la chaîne des tronçonneuses, l’essentiel des planches servant de bois d’œuvre dans les constructions locales.

 

Les entreprises de biotechnologies s’intéressent évidemment à ce fabuleux réservoir de molécules. Pour le compte de Chanel, le Cirad vient de relancer des plantations de bois de rose (Aniba rosaeodora) dont l’essence entre dans la composition du fameux Chanel N°5. Des chercheurs de l’unité de recherche mixte Ecofog testent un principe actif extrait d’arbres qui permettrait la fabrication d’un puissant antifungique.

 

Cette corne d’abondance génétique n’est peut-être pas inépuisable. Certes, rappelle Nicolas Lecoeur, directeur adjoint régional de l’ONF, 95% des surfaces forestières guyanaises n’ont pas été inventoriées. Pour autant, tous les acteurs de la gestion des forêts ne sont pas prêts à la livrer au pillage. A commencer par les Amérindiens: «Un laboratoire hollandais a voulu utiliser les propriétés d’une pomme de terre rouge que nous cultivons, mais nous avons refusé», explique Alain-Auguste «Chinou-Laï», guide de la réserve d’Amana et chef coutumier. Il faut préserver ce genre de secret. Au Brésil, les Chinois se sont accaparés des tas de molécules, sans en faire bénéficier les populations locales. Nous ne voulons pas de ça ici.»

 

Autre élément limitant: les conséquences des changements climatiques. «Il est probable que la température moyenne s’élèvera de 3°C en Guyane d’ici 2050. Ce que nous ne savons pas encore, c’est si cela s’accompagnera d’un renforcement des pluies ou d’une saison sèche plus longue. Dans ce dernier cas, on peut s’attendre à la mort sur pied d’un arbre sur trois. Ce qui fournirait de grandes quantités de combustible aux incendies de forêt. On verrait ainsi se créer un phénomène de déboisement comparable à celui qu’on observe au Brésil», conclut Eric Marcon, responsable de l’unité mixte de recherche Ecofog. L’enfer vert va-t-il connaître son purgatoire?

 



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