Guyane: l’électricité n’est pas un long fleuve tranquille

Le 22 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Produire plus d’électricité, toujours plus proprement, est le défi lancé à EDF en Guyane. L’électricien n’atteindra son but qu’en développant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Réussir une politique énergétique en Guyane, c’est un peu vouloir résoudre la quadrature du cercle. A l’instar des autres régions ultramarines, la Guyane vise à long terme l’autosuffisance énergétique. Une autosuffisance qui devra être la plus verte possible, ce qui n’est pas gagné avec une hausse de la demande qui frise les 5% par an et de sérieuses contraintes géographiques, démographiques et environnementales.

 

Aujourd’hui, la situation de la seule région française d’Amérique du Sud est presque satisfaisante. Mis en service en 1994, le barrage hydroélectrique produit les deux tiers du courant guyanais. «Selon les années, précise Denis Girard, directeur régional d’EDF SEI, la centrale hydroélectrique produit 42 à 75% de l’électricité» ; le solde étant fourni par la centrale à fioul de Dégrad-des-Cannes. Au total, ce sont 240 mégawatts de capacités installées qui assurent la sécurité de l’approvisionnement de la boucle côtière (où vivent plus de 80% de la population) et des principaux bourgs de l’intérieur, reliés au réseau de distribution.

 

Dans les villages et les sites isolés, la situation est tout autre. Perdu au milieu d’infranchissables marais, le village de Kaw est alimenté par la plus grande centrale hybride photovoltaïque-diesel française (100 kilowatts crête). Plus au sud, dans la forêt ou sur les rives du Maroni ou de l’Oyapock, la fée électricité se fait encore attendre. Pour faire face à la croissance de la consommation et aux demandes des populations laissées dans le noir, EDF SEI doit augmenter ses capacités de production.

 

Faute de lignes d’interconnexion, pas question, en effet, d’importer du courant du Surinam ou du Brésil voisins. La Guyane reste une île électrique. Pour autant, cette multiplication annoncée des centrales ne doit pas alourdir le bilan carbone du territoire.

Aussi EDF SEI mise-t-elle sur un dispositif innovant d’énergies renouvelables.

 

Les deux plus gros gisements à exploiter sont l’énergie bois et la force motrice de l’eau. S’étendant sur une superficie de 8 millions d’hectares, la forêt guyanaise peut, en théorie, fournir d’importants volumes de combustible. «En fait, nous tablons sur l’installation d’une quarantaine de MW de centrales à bois en une dizaine d’années, explique Denis Girard. De quoi consommer quelques 700.000 tonnes de bois par an. Ce qui n’est pas gagné d’avance.

 

« Il faudra structurer la filière bois locale», reconnaît-il, laquelle devra fournir le combustible «zéro CO2» grâce aux opérations d’élagage autour des lignes électriques et des bords de routes, mais aussi en prélevant, probablement, 200.000 t de bois dans la forêt. «Ça nous semble très ambitieux», estime Nicolas Karr, le directeur régional de l’Office national des forêts. En charge de la gestion durable, son adjoint Nicolas Lecœur rappelle que les bûcherons guyanais produisent tout juste 80.000 t de bois par an.

 

Consciente des réticentes de l’ONF, EDF SEI prévoit d’accroître sa production hydraulique. Cette fois, il ne s’agira plus de construire un barrage dont le lac de retenue noierait des centaines d’hectares de forêt. Mais plutôt d’utiliser des technologies à peine sorties des laboratoires. L’industriel envisage, en effet, de profiter des 110.000 kilomètres de cours d’eau qui serpentent sur le territoire. Pour ce faire, EDF SEI teste en Isère des hydroliennes fluviales à axe vertical et des mini-centrales hydrauliques. Si les essais sont concluants, l’énergéticien pourrait mettre en service une vingtaine de MW de ces drôles de machines tournant au fil de l’eau.

Comme dans les autres DOM-COM, EDF SEI reste encore en situation de monopole pour le transport et la distribution d’électricité. Mais pas pour la production. Séchilienne-Sidec construit une centrale photovoltaïque de 9 mégawatts crête à Matoury. La société CR’Eole tente d’ériger 5 éoliennes de 2 MW dans la savane sèche.

 

Si tous ces projets voient le jour, la Guyane pourrait accroître de 80 MW sa capacité de production (+30%) dans les 10 prochaines années. «Mais avec une population qui augmente de 3,7% par an et qui s’équipe d’appareils électroménagers ou d‘ordinateurs, nous ne parviendrons pas à fournir 85% de l’électricité à partir de renouvelables sans un grand effort de maîtrise de la demande d’électricité», avertit Pierre Courtiade, ingénieur à l’Agence de l’environnement de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

 

De fait, EDF SEI a déjà livré, à des prix défiant toute concurrence, 300.000 lampes basse consommation aux Guyanais, et l’électricien subventionne l’achat de climatiseurs économes. Là encore avec succès. «En moyenne, 1 climatiseur de classe D qui tourne 2.000 heures par an consomme pour 300 euros d’électricité», rappelle Denis Girard.

De nouvelles campagnes de sensibilisation devront être lancées. Mais pas seulement.

 

L’électricien essaie aussi de réduire la demande du plus grand consommateur régional. Avec ses trois pas de tir, ses centres de contrôle, son usine de production d’hydrogène et d’oxygène, ses radars et ses myriades d’ordinateurs, le centre spatial guyanais (CSG) absorbe 20% des électrons de la région.

 

Les techniciens d’EDF SEI traquent donc les consommations inutiles du centre de Kourou. Ce qui pourrait permettre à l’électricien historique d’engranger des certificats d’économie d’énergie. «Nous pensons pouvoir diminuer de 10% la consommation du CSG», estime Denis Girard.

 

Autre piste d’économie possible: la lutte contre les «pertes non techniques». En clair, il s’agit de réduire les vols de courant, qui sont souvent le fait des orpailleurs illégaux. Récemment, les techniciens d’EDF SEI ont démantelé une ligne clandestine de 20 km de long. Selon le WWF et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, les surfaces occupées par les orpailleurs illégaux ont triplé entre 2000 et 2008. Nul doute que ce trafic a fait progresser les pertes non techniques du monopole électrique guyanais.

 



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