Guyane: l’autorité environnementale revoit la copie de Total

Le 04 juin 2018 par Marine Jobert
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La zone convoitée par Total au large des côtes de Guyane.
La zone convoitée par Total au large des côtes de Guyane.

La zone Nasua du permis Guyane Maritime, au large de la Guyane, devrait faire l’objet de plusieurs forages d’exploration, dont l’étude d’impact a été passée au crible par l’Autorité environnementale (Ae). Des éléments doivent être précisés.

 

C’est l’un des deux derniers permis d’exploration pétrolière offshore encore en cours en France. Renouvelé en septembre 2017 à l’entreprise Total[1] pour une durée de trois ans, le permis Guyane Maritime entre dans une nouvelle phase. Avec un projet de forage d’exploration dans la zone dite de Nasua -de 500 à 1.000 millions de barils, selon Total-, puis d’un test de production dans le cas où les résultats d’exploration détecteraient des réservoirs prometteurs. Si les résultats de ce test s’avéraient favorables, le dossier prévoit la réalisation de 4 autres puits dits ‘d’appréciation’. Autant d’opérations qui conditionnent la délivrance d’une concession par la collectivité territoriale de Guyane (CTG). L’Ae a étudié chacune des étapes afin de rendre un avis sur la qualité de l’étude d’impact présentée par le maître d’ouvrage, et sur la prise en compte de l’environnement par le projet.

Ce permis, d’une superficie de 24.100 kilomètres carrés, concerne un secteur situé au large des côtes Guyanaises, de 150 km à 200 km environ, et comprend des eaux dont la profondeur varie de 300 m à 3.000 m.

Polluants rejetés

Dans son ensemble, «le dossier est bien construit», et si «l’étude d’impact témoigne d’une réelle volonté d’améliorer l’état des connaissances, pour pouvoir apprécier le mieux possible les enjeux environnementaux du projet et réduire l’ampleur des incertitudes», cela ne peut pas «totalement pallier les lacunes préexistantes» [sur les fonds marins au large de la Guyane].

L’Ae a identifié 4 enjeux principaux: la préservation des milieux naturels (habitats naturels marins) et des espèces associées (avifaune, faune marine); les effets des polluants sur les sédiments et le benthos associé et sur la qualité de l’eau; les effets du bruit sous-marin, notamment lors des tirs d’explosifs; les conséquences sur les écosystèmes en cas de marée noire.

Si l’Ae ne recommande que quelques compléments quant aux conséquences sur les écosystèmes en cas de marée noire, elle est beaucoup plus exigeante sur les effets des polluants rejetés en mer. C’est que le passé est instructif: les sondages réalisés sur les lieux des précédents forages mentionnent la présence rémanente de certains polluants non mentionnés dans la composition générique fournie pour décrire les fluides, comme le baryum dont les concentrations sont «particulièrement élevées dans un rayon de 250 mètres autour des anciens sites de forage». Au total, ce sont 536 tonnes qui devraient être rejetées (dont 268 t de ciment, 99 t de cénospheres  1 t d’antimoussant, 1 t de dispersant, 4 t de viscosant, 4 t de retardateur, 40 t de réducteur de perte de fluide, etc.). «La désignation générique de l’ensemble de ces produits ne permet pas une évaluation fine de l’écotoxicité des rejets proportionnée aux milieux et espèces rencontrées», déplore l’Ae. Quant aux déblais de forage, il faut tout reprendre, conseille l’émanation du CGEDD.

Effets du bruit sous-marin

Pour le bruit, ce sont les impacts des bruits ponctuels, particulièrement lors de perforation par explosif, qu’il faut particulièrement reprendre, «en exposant clairement le lien entre le terme source et la valeur maximale dans la colonne d’eau, et en présentant une carte dont la légende corresponde aux aires de dommages permanents et temporaires des différentes espèces». Quant à la biodiversité de la zone étudiée, «même si l’habitat est moins attractif pour de nombreux taxons, la zone rapprochée bénéficie en partie de la richesse biologique du talus continental», conclut l’Ae, sans développer davantage.

Engagements de la COP 21

L’Ae exprime deux préoccupations qui dépassent le cadre strict des travaux exploratoires concernés. Tout d’abord, la capacité du porteur du projet à évaluer et à maîtriser ses impacts et ceux d’une éventuelle phase d’exploitation sur l’environnement marin, «alors que la connaissance des milieux marins au large de la Guyane reste encore largement insuffisante» et «plus largement à l’échelle de la planète». Ensuite les conséquences d’un développement de l’exploitation d’hydrocarbures fossiles par la France dans le contexte de ses engagements pris lors de la COP21 et du principe de l’abandon de l’exploitation d’hydrocarbures après 2040. A ce titre, l’Ae demande que l’étude soit complétée par l’évaluation des émissions de polluants et de gaz à effet de serre et par une estimation des émissions indirectes potentielles découlant de l’utilisation ultérieure des hydrocarbures extraits du gisement.



[1] Total Exploration & Production Guyane française (TEPG), pour être précis.

 



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