Guyane: accélération pour les forages pétroliers de Total

Le 24 octobre 2018 par Marine Jobert
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Des forages sous haute surveillance.
Des forages sous haute surveillance.

Deux décrets ont récemment modifié les délais et les prescriptions qui sont justement applicables aux forages d’exploration pour lesquels Total vient d’obtenir une autorisation de travaux. Hasard ou accélération du calendrier de la part de l’Etat? Des ONG s’inquiètent de ces forages à risque pour l’environnement.


Chantal Jouanno s’en était inquiétée dans Le Journal de l’environnement: Total Exploration & Production Guyane française a séché l’étape du débat public, auquel auraient dû être assujettis les forages d’exploration qu’elle projette de mener au large du département ultra-marin. Alors que la société pétrolière vient d’obtenir l’arrêté qui autorise les travaux d’exploration auprès de la préfecture de Guyane, le sujet revient sur la table. D’autant que, comme le rappelle Greenpeace dans un communiqué, sur les 7.183 avis rendus lors de la consultation publique, 7.173 étaient défavorables au projet, 8 avis non définis et 2 favorables. Si l’entreprise estime, elle, que la participation du public ne devra intervenir qu’«au stade d’un potentiel projet d’exploitation», un collectif de citoyens guyanais faisait part le mois dernier de ses inquiétudes. «Aux vues des enjeux économiques et environnementaux des forages projetés, peut-on priver la population guyanaise d’un débat aussi crucial pour son avenir et celui de son territoire?», s’inquiétaient-ils.
Accélérer la procédure
«Tout va à 200 à l’heure», se désole Marine Calmet. La juriste de l’ONG Nature Rights n’en a pas cru ses yeux quand, le 11 octobre, elle a découvert 2 décrets modificatifs publiés au Journal Officiel. Le premier raccourcit sensiblement le délai –de 3 maximum à 1 mois minimum- entre l’envoi du programme de travaux par le maître d’ouvrage et les éventuelles observations du préfet maritime et de l'Institut français de recherches pour l'exploitation de la mer (IFREMER). «L’exploitant peut commencer les travaux dès que l'accord du préfet sur le programme est donné. Cela a pour effet de raccourcir considérablement les délais et de permettre à Total de tenir son calendrier serré», explique la jeune femme.
Forages en grande profondeur
Le second permet «d'adapter la technique de conception d'un puits à la géologie locale dès lors que la cimentation des premiers mètres forés est impossible et qu'il existe une technique alternative d'efficacité équivalente». Ce qui revient, dénonce Marine Calmet, à autoriser Total «à jouer à l’apprenti sorcier en grande profondeur, avec des forts courants et à quelques kilomètres du Récif de l’Amazone!» En outre, souligne Greenpeace, «les commissaires-enquêteurs ont reconnu dans leur rapport leur manque d’expertise technique sur les forages en eaux profondes», les obligeant à prendre comme tels les arguments techniques avancés par Total.
Recours en référé à venir
Ces 2 décrets ont-ils été taillés sur mesure pour que Total puisse déposer une demande de permis d’exploitation avant le printemps, quand expirera le permis d’exploration actuel? «Le calendrier de parution et le fait qu'on se trouve face à une situation de forages ultra profond nous amène à penser qu'on assouplit les règles relatives aux techniques de forages pour s'adapter à la situation locale en Guyane et permettre à Total d'expérimenter de nouvelles méthodes d'exploration», estime la juriste. «Dans de telles conditions, comment justifier un permis délivré dans la précipitation?, souligne à son tour Greenpeacce. Cela pose question sur la sincérité de la politique environnementale et climatique française.» Un recours en référé devant le tribunal administratif de Cayenne devrait être déposé dans les semaines à venir.



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