Guadeloupe: l’Etat audite les politiques de l’eau et de la biodiversité

Le 10 juin 2016 par Marine Jobert
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Basse-Terre et Grande-Terre.
Basse-Terre et Grande-Terre.
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Le Conseil général à l’environnement et au développement durable (CGEDD) a passé au crible la mise en œuvre des règlementations sur l’eau et la biodiversité sur l’île de la Guadeloupe. Dans un contexte financier dégradé, avec des associations peu actives, les services de l’Etat semblent tirer leur épingle du jeu.

Comment parvenir, à 6.000 kilomètres de Paris, à protéger une biodiversité fabuleuse et une ressource eau sous forte contrainte? C’est l’enjeu de l’expertise menée par le CGEDD, qui s’est penché sur l’organisation des administrations déconcentrées, des établissements publics et des différentes entités en charge des questions d’environnement sur l’île de la Guadeloupe et ses voisines[1], ainsi que sur les relais associatifs, le tout dans un contexte financier et social assez tendu.

Hot spot de biodiversité

La Guadeloupe est un joyau au plan de la biodiversité: comme dans toutes les Antilles françaises, le nombre d’espèces végétales par unité de surface est 88 fois plus important qu’en métropole et de nouvelles espèces animales sont régulièrement découvertes. La situation hydrographique est contrastée, avec des précipitations plus fortes sur Basse-Terre et des besoins pour le tourisme et l’agriculture plus forts à Grande-Terre. Certains écosystèmes sont déjà très dégradés (forêts sèches, récifs coralliens) et les pressions qui s’exercent sur les écosystèmes sont multiples: développement de l’habitat diffus mitant les zones agricoles et les milieux naturels, remblaiement des zones humides, espèces exotiques envahissantes, pollutions, surexploitation des ressources, réchauffement climatique. Les directives européennes Oiseaux et Habitat-Faune-Flore ne s’appliquent pas en Outre-mer, mais la Guadeloupe dispose d’un réseau d’espaces naturels protégés par les outils réglementaires nationaux (parc national, réserves naturelles, sites classés, propriétés du Conservatoire du littoral, forêts domaniales...) et les labels internationaux (convention Ramsar, protocole SPAW (Spécialy Protected Area and Wildlife) de la convention de Carthagène, Réserve mondiale de la biosphère), qui couvre près de 21% de l’archipel.

Ambitions régionales à sonder

Le CGEDD n’adresse pas de reproche majeur à l’organisation de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Deal), dont le service Ressources naturelles est très sollicité. Le turn-over très fort qui y a cours, en plus d’être coûteux, constitue une perte pour la mémoire collective des dossiers, regrette-t-il. Une meilleure communication et coordination tant avec la métropole qu’avec les homologues situés dans les autres îles est recommandée. Il est en outre demandé aux services de l’Etat de préciser la liste des destinataires des circulaires de façon plus explicite: «Cela permettrait aux préfets des DOM de ne pas s'attarder sur des dispositions qui ne les concernent pas.» Le préfet et la Deal sont encouragés à aller sonder au plus vite le nouvel exécutif régional –l’ancien ayant été très impliqué- sur ses intentions en matière de biodiversité et d’eau.

Mieux éduquer

Une biodiversité acceptée et protégée passe par un public éduqué. «L’acceptabilité et, par conséquent, l’efficacité de ces politiques, sont indissociables d’une amélioration de la prise de conscience environnementale par la population.» Les autorités sont incitées à formaliser un protocole d’action avec le rectorat associant les différentes parties prenantes. Parmi celles-ci, les associations, dont il n’est pas exagéré de dire qu’elles ont besoin d’un fort soutien. Ainsi d’Amazona, association ornithologique, qui compte 300 adhérents mais aucun salarié. Fait rare: la mission suggère de mobiliser les associations dans le cadre des démarches de concertation (enquêtes publiques) et de les accompagner dans leur montée en compétence (proposition de formations spécifiques).

Alliance Onema/ONCFS

Sur le front de l’eau, le CGEDD note l’originalité, très efficace d’ailleurs, de la mutualisation des services entre l’Onema et l’ONCFS[2], «qui constitue une sorte de préfiguration des orientations fixées pour la future Agence française de la biodiversité en matière de rapprochement de ces deux établissements publics quant à la police de l’environnement (mais aussi la connaissance de la biodiversité)». La mission souligne la qualité du travail des parquets, avec notamment une démarche pédagogique de recherche systématique d'alternatives aux poursuites pour certaines infractions commises pour la première fois. Les deux procureurs viennent de proposer au préfet de mettre en œuvre le dispositif de transaction pénale, en l'expérimentant dans un premier temps (dès le 1er janvier 2016) aux infractions en matière de circulation illicite des véhicules sur les plages (altération des sites de nidification).



[1] La Désirade; Les Saintes; Marie-Galante ainsi que plusieurs plus petites îles

[2] Onema: Office national de l'eau et des milieux aquatiques; ONCFS: Office national de la chasse et de la faune sauvage

 



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